Le catéchisme poissard

Le catéchisme poissard codifie invectives et insultes à déclamer lors de la promenade des masques de Carnaval

 

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les jours gras sont ceux de la folie à Paris : c’est Carnaval. Le nord de Paris, en particulier du côté de la Courtille, à Belleville, est envahi par des masques. Cette période de fête, juste avant les jours maigres du carême, voit la fameuse promenade des masques déambulée.

Malgré son air très tumultueux, cette parade est très codifiée. Ainsi, il s’agit d’avancer dans la rue en s’invectivant et s’insultant mais en respectant des règles. Il s’agit de grandes tirades et scènes décrites dans les catéchismes poissards.

 

Tout d’abord, avant de rentrer dans plus de détail, qui était les poissardes ? Il s’agissait du nom donné alors par les parisiens aux marchandes des rues, notamment des marchés. Ces femmes fortes et puissantes marquaient leur quartier. Elles étaient au cœur de la représentation de la société parisienne d’alors.

 

Jeux de l’insulte et de l’invective

La principale activité du Carnaval au cours de la première moitié du XIXe siècle est d’attraper l’autre. Il s’agit de l’invectiver et le mettre en difficulté pour s’amuser.

Dans la mesure où les participants sont masqués, les différences sociales sont estompées. Chacun doit s’habiller en Pierrot, Arlequin, mais aussi en marchandes de rues (les fameuses poissardes), apprentis et autres travailleurs.

L’aristocratie se mêlait alors à la population parisienne pour ce grand jeu. Il faut dire que c’était elle qui était à l’origine de ces manifestations au XVIIIe siècle (les bals masqués, le genre poissard)… Un noble tient alors sa grande renommée de ce jeu : Milord l’Arsouille ou le duc de Seymour.

Afin de pouvoir jouer, il fallait connaître son catéchisme poissard. Ainsi, on pouvait répondre à ses détracteurs… et s’amuser.

On devait alors être véritablement “riche en gueule”. Il s’agissait de parler une langue populaire et grivois, tout en étant “spirituel” et en récitant des vers.

Quelques références étaient essentielles ! C’était notamment le cas de la Pipe cassée, de Jean Joseph Vadé, fondateur du genre poissard.

 

Plusieurs modes de jeu

Chaque année, des fascicules étaient largement distribués dans la ville. Il s’agissait de diffuser alors le catéchisme poissard d’alors. On expliquait régulièrement qu’il était nouveau, afin de pouvoir renouveler les jeux et la fête. On y retrouvait cependant souvent des classique…

Plusieurs modes étaient à l’honneur :

 

Les scènes de rue autour de la poissarde

Femme forte, la poissarde était au centre de ces scènes. Elle se faisait apostrophée par chacun… mais répondait toujours en renvoyant le ridicule vers son contradicteur. Au fil de la rue, elle affrontait les malins, les marlous, les militaires, les perruquiers, les forts…

Voici un petit exemple d’invective d’un fort à une poissarde :  “Salut à Marie, à la coque, avec son pif en crête de coq, qui croit nous emmerder en bloc” Au bout de sa longue tirade, elle lui répondait : “Approche ici, vilain mameluc, qui te donn’les air d’un grand duc, d’un évêque  ou d’un archiduc et ne vaut pas même un eunuque

Certaines fois, la scène rassemblait fort, jockey, savetier, postillon, paysan… s’adressant à tour de rôle à la poissarde.  Les personnages de comédie italienne y étaient aussi cités : Arlequin, Léandre, Polichinelle, Pierrot,

 

Les apostrophes et harangues de rue

En avançant les masques n’hésitaient pas à s’attaquer à des autorités. Ainsi, ils apostrophaient pour les insulter abbés, évêques… Ils pensaient aussi à ceux qui ne voulaient pas les laisser parler.

Dans d’autres cas, ils se lançaient de véritables déclaration d’amour.

Certains masques haranguaient également ouvertement sur le chemin. On pouvait ainsi rencontrer un charlatan qui s’adressait à la foule, comme les comédiens des foires, pour vendre ses produits.

 

Les chants

Les chants étaient aussi de la partie. Les masques reprenaient des rythmes connus pour se lancer des grandes invectives et jouer. Ils prenaient du plaisir à chanter le mariage… ou plutôt l’adultère.

C’était aussi l’occasion de plaindre Mardi gras, qui allait mourir pour laisser place au mercredi des cendres.

En chantant, les masques haranguaient,  s’apostrophaient… Bref, paradaient.

 

Sources bibliographiques :

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