Les métiers au XVIIIe siècle

Histoires des métiers au XVIIIe siècle ou la lutte entre les corporations et la liberté du commerce.

 

La régence après la mort de Louis XIV établit sept grands conseils d’Etat. Un d’entre eux, le conseil du commerce et des manufactures, comprenait des représentants du commerce des principales villes du royaume. Cette période ouvrit une diminution des taxes qui avait marqué la fin du règne du roi soleil et une taille fut établie de manière proportionnelle aux revenus.

Toutefois, le système de Law qui avait transféré en format papier une partie de la dette de l’Etat s’était écroulé, ruinant de nombreux particuliers et obligeant les pouvoirs publics à recourir de nouveau à la taxe.

 

Le début du XVIIIe est marqué également par la recherche par les autorités royales de pouvoir accéder aux comptes des corporations. Le prévôt et le procureur du roi avaient de nombreuses difficultés pour les obtenir et de nombreuses mesures durent être prises, en demandant le détail des dettes, en menaçant directement les seigneurs ecclésiastiques.

 

En 1724, il fut confirmé de nouveau que les marchands de vin ne pouvaient pas rejoindre les Six Corps, comme ils le réclamaient depuis le XVIe siècle.

 

Par un édit de 1767, on autorisa la création de nouveaux brevets de maîtrise, autorisant pour la première fois des étrangers. Parmi eux, des juifs purent en bénéficier (en effet, ils n’étaient jusqu’alors qu’autorisé à être banquier ou vendre des métaux  précieux), malgré la désapprobation forte des représentants des six corps.

 

 

Un système progressivement dépassé par l’avancée des techniques

Nous avons vu que les corporations reposaient sur une spécialisation des métiers poussée, interdisant la constitution de société visant à garantir l’égalité des maîtres entre eux.

Toutefois, le monde économique évoluait et les corporations ici aussi résistaient.

 

Par exemple, les merciers avaient à l’époque recherchés à remplacer les boutons faits à la main et recouvert de soie fabriqués par les boutonniers, par des boutons de drap faits aux métiers. Bien évidemment, cette innovation fit baisser le prix de vente. Toutefois, en intervenant les passementiers boutonniers firent interdire cette fabrication.

Toutefois, les innovations étrangères eurent des impacts directs sur la richesse de corporations. Grace à des procédés mécaniques, on arrivait en Inde à peindre directement sur des toiles. Ces produits arrivèrent en France et en raison de la concurrence avec les étoffes précieuses, ils furent interdis. C’était sans compter alors sur la contrebande.

  

Au cours de la seconde partie du XVIIIe siècle, on commença à entendre un vent libéral, appelant à réformer les corporations pour libérer le commerce. La France était alors exportatrice de céréales et la liberté du commerce de grain lui était favorable. Aussi, ce mouvement d’économistes et de philosophe s’approcha beaucoup du pouvoir.

Jusqu’alors, le commerce de gros était sous le monopole des six corps. En 1765, on permit à toutes personnes de pouvoir l’exercer.

Une première tentative de suppression des corporations

Avec l’arrivée de Turgot en qualité de contrôleur des finances de Louis XVI, les menaces sur les corporations se précisèrent. Tout d’abord, des mémoires vantant les qualités du commerce libre, des argumentaires indiquant que lorsqu’un marchand dispose d’un privilège exclusif de vendre un produit, il maîtrise alors son prix, circulèrent avec grand prix.

En février 1776, deux édits parurent supprimant pour le premier l’office des halles et marchés et les maîtrises et la place des jurés des corporations pour le second. Aussi, la liberté d’exercer un métier et de pouvoir cumuler plusieurs professions est affichée. Les confréries sont-elles dissoutes afin d’éviter que les anciennes corps de métier ne se reconstituent.

Seuls quatre corporations furent conservées : les perruquiers, imprimeurs libraires, orfèvres et apothicaires. En effet, c’était le fisc qui avait vendu les charges pour les perruquiers (et on ne souhaitait pas les rembourser). Ensuite, la presse n’était pas libre en France à cette période : il était donc nécessaire de pouvoir contrôler les livres. Enfin, pour les deux dernières, on souhaitait continuer à avoir la maîtrise des matières précieuses et des médicaments.

 

La première résistance vint du parlement de Paris qui refusa de l’enregistrer. Un lit de justice en mars 1776 en présence du roi fut nécessaire, non sans de véritables protestations.

 

Reconstitution des corporations

Turgot fut renvoyé par le roi en mai 1776. Un nouvel édit fut publié en août 1776 réorganisant l’économie. Les professions furent organisées en deux classes :

  • Les libres, dont l’exercice nécessitait de s’être déclaré à la police
  • Les communautés, dont l’accès à la maîtrise nécessitait un apprentissage et un compagnonnage préalable tout comme l’acquittement de droits.

 

Professions libres

Professions en communautés

Bouquetières, brossiers, boyaudiers, cardeurs de laine, coiffeuses, cordiers, fripiers, brocanteurs ambulants, faiseurs de fouets, jardiniers, filassières, maîtres de danse, nattiers, oiseleurs, pain d’épiciers, patenôtriers, pécheurs à verges, pécheurs à engins, savetiers, tisserands, vanniers, vidangeurs. Drapiers, merciers, épiciers, bonnetiers, pelletiers, chapeliers, orfèvres, batteurs d’or, tireurs d’or, fabricants d’étoffes, tissutiers rubaniers, marchands de vinsAmidonniers, arquebusiers, fourbisseurs, couteliers, bouchers, boulangers, brasseurs, brodeurs, passementiers, cartiers, charcutiers, chandeliers, charpentiers, charrons, chaudronniers, balanciers, potiers d’étain, coffretiers, gainiers, cordonniers, couturières, découpeurs d’étoffes, couvreurs, plombiers, carreleurs, paveurs, écrivains, marchandes de modes, plumassières, faïenciers, vitriers, potiers de terre, ferrailleurs, cloutiers, épingliers, fondeurs, doreurs, graveurs sur métaux, gantiers, boursiers, ceinturiers, horlogers, imprimeurs en taille douce, lapidaires, limonadiers, vinaigriers, lingères, maçons, maîtres d’armes, maréchaux ferrants, éperonniers, menuisiers, tourneurs, layetiers, paumiers, peintres, sculpteurs, relieurs, papetiers, selliers, bourreliers, taillandiers ferblantiers, serruriers, maréchaux grossiers, tabletiers, luthiers, éventaillistes, tanneurs, corroyeurs, peaussiers, parcheminiers, tailleurs, fripiers, tapissiers, fripiers en meubles, miroitiers, teinturiers en soie, teinturiers en grand teint, teinturiers en petit teint, tondeurs, foulons, tonneliers, boisseliers, traiteurs, rôtisseurs, pâtissiers.

  

Les nouvelles corporations furent placées sous le contrôle des six corps. Toutefois, la possibilité d’exercer plusieurs professions fut maintenue.

Le droit pour accéder à la maîtrise fut diminué.

 

La fin des corporations avec la Révolution

Avec la Révolution, les privilèges furent abolis. La suppression des corporations fut soutenue par les assemblées des nobles lors des Etats généraux de 1789 ; tandis que celles du tiers état était plus divisée sur la question. En 1791, l’Assemblée Nationale vota une loi reprenant les arguments mis en avant lors de l’édit de Turgot pour supprimer les corporations.

 

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