Histoires de Paris

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Histoires de Seine

Les bateaux-lavoirs dans les années 1920

Les bateaux-lavoirs dans les années 1920 : de moins en moins nombreux… mais qui étaient encore vindicatifs

« Paris n’a plus, sur la Seine, que 7 bateaux-lavoirs…. Et ils disparaîtront à leur tour ! »

Au moins le message de l’Action du 16 mai 1922 a le mérite d’être, on ne peut plus clair. Il restait donc 7 bateaux-lavoirs dans Paris, au début des années 1920.

D’un certain côté ce n’était pas si mal dans la mesure où l’administration depuis les années 1860 cherchaient à les faire disparaître. Retour sur cette situation en plein cœur de l’entre-deux-guerres.

 

Panorama de la situation dans les années 1920

Poursuivons avec L’Action du 16 mai 1922 :

« Lorsque j’ai acheté ce bateau-lavoir, il y a trente ans, le 1er arrondissement en comptait cinq ; aujourd’hui le mien seul subsiste. »

On apprend dans ces colonnes qu’il restait « sept établissements sur la Seine et trois sur le canal Saint-Denis. La banlieue en possède quelques-uns. L’on en trouve à Alfortville, Maisons-Alfort, Choisy-le-Roi, Saint-Denis, Saint-Ouen et Saint-Maur. »

La pratique était donc encore installée tant en plein cœur de Paris qu’en banlieue.

 

En 1925, dans ses colonnes du 1er mai, l’Excelsior complète ce panorama

« Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, les bateaux-lavoirs n’ont pas disparu. Les ménagères apprécient toujours le lavage dans l’eau courante. Dans la traversée de Paris, il existe encore cinq bateaux-lavoirs, dont la clientèle fidèle se présente, nombreuse, les mercredi, samedi et dimanche matin de chaque semaine : un au pont Neuf, un autre au pont d’Arcole, un à Sainte-Marie et les deux autres, quai d’Anjou. Il y en a trois sur le canal Saint-Martin : le plus important se trouve au rond-point de La Villette, les deux autres aux écluses, non loin de Saint-Louis et près la rue de Marseille. 

La banlieue immédiate de Paris possède, elle, six bateaux-lavoirs. Saint-Maur, Saint-Denis, Alfortville et Maisons Alfort ont chacun le leur, tandis que Choisy-le-Roi en a deux. » 

 

Les risques qui pesaient sur les bateaux-lavoirs

Tout d’abord, c’était la concurrence qui se faisait sentir comme nous le lisons dans L’Action du 16 mai 1922.

« La principale cause de ces disparitions est la concurrence que nous fait la « Blanchisserie » qui, prenant le linge à domicile, l’emporte en banlieue où les travaux de nettoiement se font en gros. »

Et ce qui est frappant dans le témoignage de ce responsable du bateau-lavoir du pont Neuf est que même les lavoirs en ville étaient concernés.

« L’on se sert de moins en moins de nos établissements, même les lavoirs non-flottants qui sont peu nombreux ; le Ier arrondissement ne possède aucun de ces derniers ; Et le IIe rien qu’un, celui de la rue Dussoubs. »

L’on ne lave presque plus son linge sale soi-même, mais les personnes de nos quartiers qui vont encore au lavoir vont de préférence à ceux qui sont sur l’eau courante de la rivière, où’ l’on nettoie mieux. »

 

Aussi pour les responsables de ces établissements, cette perte de clientèle était le premier risque.

« En somme, la raison de la disparition des bateaux-lavoirs est qu’ils ne rapportent pas suffisamment pour permettre à leur propriétaire de faire les réparations dont ils ont besoin ?

Et notre interlocuteur nous répond d’un geste résigné dans lequel nous croyons comprendre ; quand ma grande barque n’aura plus la force de se maintenir sur l’eau… elle fera comme ont fait celles qui ne sont plus ! » 

Tout la « filière » est touchée, ainsi que le confirme l’Excelsior du 1er mai 1925 : « Les laveuses professionnelles sont devenues rares. Elles fréquentent plutôt les lavoirs de quartier, qui, depuis la guerre, ont diminué en nombre de près de deux cents. »   

 

Une nouvelle taxe

Toutefois, en lisant un autre journal, il semble que l’administration n’avait pas dit son dernier mot dans sa lutte contre les bateaux-lavoirs.

Ainsi, le Petit Parisien du 22 septembre 1924 titre un de ses articles : « Les bateaux-lavoirs sont-ils menacés de disparaitre ? » Le message est clair

 

Regardons de plus près :

« L’administration veut augmenter de son l’indemnité de résidence que les « capitaines ont à payer et ils protestent véhémentement. Nous assistons à une nouvelle phase de la lutte séculaire entre l’administration et les bateaux-lavoirs. Qui de ceux-là ou de celle-ci gagnera la partie ? Il serait téméraire de conjecturer. »

 A la vieille et tenace administration, « armada » non moins vétusté et tenace des bateaux-lavoirs réduite maintenant à dix unités qui veulent mourir de leur belle mort oppose une résistance acharnée.

Aujourd’hui, les maîtres de bateaux-lavoirs s’insurgent à nouveau contre l’administration ; un décret du 26 février 1924 porte l’indemnité de résidence d’un à trois francs le mètre carré. »

 

Une profession qui sait tout de même s’organiser.

« Les maîtres de bateaux-lavoirs sont groupés en une chambre syndicale qui compte dans son sein les maîtres de bains, de beaucoup les plus nombreux.

Mais, tandis que ces derniers ne travaillent que pendant les jours d’été et remisent leurs bateaux du côté d’Auteuil pendant la mauvaise saison, les autres ne chôment jamais et reçoivent leur clientèle du 1er janvier au 31 décembre. Chose peu connue : les bateaux-lavoirs sont considérés comme étant « sur le sol » de la ville de Paris et, outre la patente exigée de tout commerçant, paient une redevance de stationnement tout comme les cafetiers paient pour la terrasse qu’ils occupent sur la voie publique. » L’Excelsior du 1er mai 1925.

 

Face à l’administration, la profession réagissait et retrouvait des arguments qu’elle avait su utiliser depuis quelques décennies.

« Cette augmentation de trois cents pour cent est abusive, nous déclare un de ces hardis « capitaines et nous prouverons qu’elle est illégale en nous pourvoyant en conseil d’Etat ». Ces établissements sont d’utilité publique. Ils répondent à un impérieux besoin de la population laborieuse. Alors que ces besoins augmentent, le nombre des lavoirs sur terre diminue, ainsi qu’on fait foi les statistiques. Nombre de des lavoirs « terriens » ont été transformés en cinémas ou en garages. Si l’on nous supprime, on met des milliers de familles riveraines dans l’impossibilité de laver leur linge. Et les notes de blanchisseuses, croyez-le, ne sont pas pour les petites gens. Mon interlocuteur cause au milieu du bruit des battoirs qui semblent couper ses paroles d’applaudissements, dans le brouhaha des voix de commères joyeuses, les clapotis du linge dans l’eau anisé par le savon et les ronrons de l’essoreuse. »

 

Sources bibliographiques :

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