Les carrières de Montmartre

Les carrières de Montmartre, exploitées depuis des temps très anciens, fournirent du plâtre de bonne qualité.

 

Les collines du nord parisien contenaient un trésor : le gypse. Là, on exploita une source de plâtre importante pour construire Paris.

Dans son livre sur les Curiosités du Vieux Montmartre, Charles Sellier revient sur les carrières des Montmartre. Synthèse !

 

 

Un plâtre de très bonne qualité exploité depuis très longtemps

La colline de Montmartre disposait d’une grande quantité de gypse, pratiquement plus du double que celles des Buttes Chaumont.

Au début du XIXe siècle, ces carrières en effet fournissaient les trois quarts des besoins de Paris. Le plâtre de Montmartre était d’une grande qualité et servait aussi pour la sculpture et l’art. Pour cette raison, comme Sellier l’indique, ce plâtre était exporté loin des contrées parisiennes.

 

On raconte que ce plâtre est utilisé depuis des temps très anciens. En effet, la légende de Saint Denis aurait fait d’une des cavités liées à l’exploitation du gypse le lieu d’un oratoire de Saint Denis et de ses compagnons. C’est ainsi que le nom de la butte proviendrait : la colline du Martyre avec sa chapelle.

Les écrits de Chéronnet, dans son histoire de Montmartre, indiquent que la colline était exploitée pour son plâtre au XIVe siècle.

 

Les carrières de Montmartre, domaine du l’Abbaye

L’abbesse de Montmartre contrôlait la butte. C’était donc elle qui attribuait les droits à exploiter les carrières. Ainsi, une promesse de bail rédigée en 1700 nous donne un aperçu des conditions d’alors. L’abbesse promettait l’exploitation d’une carrière à un certain sieur Lamarre, marchand plâtrier. Situé sur le versant nord ouest de la butte, dans un lieu appelé La Hutte aux gardes, la carrière devait être exploitée à ciel ouvert.

 

L’exploitation des carrières de Montmartre était très active au XVIIIe siècle. Ainsi, il était possible de voir des traces de cette activité sur les anciens plans d’alors. A côté des vignes étaient creusés des trous pour ces carrières.

Dans le sud et l’est de la butte, on réalisa de larges entailles, à pic dans la colline.  Ce souvenir reste dans le nom des quartiers. C’est bien sûr que le cas des grandes carrières.

 

La composition du sous sol de la Butte Montmartre

Dans son tome XVI des Observation sur la physique en 1780, Pralon revient sur la composition du sous sol de la butte. On y trouvait en effet du gypse, de la marne, du sablon

La haute masse occupait la partie la plus élevée : 52 pieds de gypse distribué par bancs les uns sur les autres. Elle repose sur 12 pieds de marne. Cette partie concernait les carrières les plus proches de l’abbaye.

En dessous, on trouvait la pierre franche, avec 14 pieds de gypse disposant en bancs, soutenus aussi par 12 pieds de marne. Cette partie était exploitée au XVIIIe siècle par les carrières à l’ouest de la butte.

Enfin, la basse carrière était la couche la plus basse. Le gypse n’y était pas continu. Les couches étaient en effet séparés par de la marne. Cela concernait surtout le nord de la butte Montmartre dans le chemin menant à Clignancourt.

 

Les carrières et la Révolution : de quoi attiser les convoitises !

A cette époque, les carrières se concentrent sur le sommet de la Butte. L’abbaye a totalement perdu de sa superbe avec les temps révolutionnaires. Les bâtiments sont alors vendus. A la place des chapelles, on édifia alors les fours à plâtre.

Un industriel notamment reprit les bâtiments du cloître. Ce plâtrier les avait achetés en espérant exploiter les caves. Il s’était dit en effet qu’il pourrait alors avoir un accès plus direct dans le sous sol. Aussi, il détruisit aussi vite les bâtiments, ainsi que la chapelle du Martyre et sa crypte. Cependant, tous ses efforts n’apportèrent aucun résultat.

 

L’exploitation des carrières de Montmartre au cours de la première moitié du XIXe siècle

L’exploitation des carrières se fit encore pendant une cinquantaine d’années, à un rythme effréné. Cela se traduisit par une profonde instabilité des sols. En effet ce ne fut qu’à partir de 1813 qu’il fut impossible de creuser à moins de 10 mettre de chemins, édifices et autres constructions.

 

Cela n’empêcha pas des moulins de s’effondrer, comme ce fut le cas du moulin de la Lancette en 1827. Certaines maisons lézardèrent. On ferma des jardins devenus trop dangereux.

En 1837, la commune de Montmartre dépêcha un ingénieur pour vérifier les plans des carrières. Cela concerna toute la butte.

 

Afin d’exploiter les carrières souterraines, on creusait des galeries parallèles, qu’on recoupait à la manière d’un échiquier. Ainsi, on laissait des piliers tournés.

 

Fermeture et fin des carrières de Montmartre

Après avoir été exploitées, les anciennes carrières étaient enfin rebouchées.

Deux méthodes étaient possibles : le remblayage ou les éboulements. Evidemment, le remblayage était préféré car il maintenait les niveaux. Toutefois, il était beaucoup plus lent à mettre en œuvre.

 

Du côté de la place saint Pierre, les ateliers nationaux firent remblayer en 1848. On prenait la terre comme on pouvait. C’est ainsi qu’on constitua l’espace de la place. Bien sûr, on réutilisa les déblais qui avaient été accumulés en déchet des carrières. Tous ces monticules disparurent, sauf celui de la butte aux cochons pendant un temps. A la place, on édifia le marché saint Pierre par la suite.

A la place de l’escarpement réalisé à vif sur la butte, on construisit le jardin qui monte au Sacré Cœur.

 

 

Refuges de voyous mais aussi de légendes

Avec le déclin des carrières au milieu du XIXe siècle, les vagabonds remplacèrent les ouvriers.

Des rumeurs coururent : Montmartre hébergerait d’ogres, mangeant des enfants de Paris.

On racontait aussi que Montmartre avait servi de lieux pour des conciliabules de sorciers. Ce lieu se prêtait bien pour des réunions clandestines.

 

Charles Monselet indiquait que « trois races de locataires » existaient dans les cavernes de Montmartre : les animaux antédiluviens dont les fossiles se trouvaient sur les murs, les carriers et les vagabonds qui cherchaient un asile.

Marat, par exemple, trouva refuge à Montmartre en décembre 1789 poursuivit par la Commune et le Châtelet.

En juin 1848, des insurgés furent poursuivis dans les carrières de Montmartre

 

 

A noter enfin que c’est sur la colline de Montmartre qu’Ignace de Loyola, dans une carrière de plâtre non loin de la chapelle des Martyrs, réunit ses premiers disciples. Ils partirent de la grotte pour prononcer le vœu fondant la Compagnie de Jésus.

 

 

Sources bibliographiques :

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