James Tissot et la Commune de Paris

James Tissot et la Commune de Paris : l’exil précipité à Londres après les événements qui interrogea beaucoup

A l’occasion de l’exposition « James Tissot, l’ambigu moderne » qui s’est tenu de juin à septembre 2020 au Musée d’Orsay, nous revenons sur une énigme de l’histoire de l’art. Quel part a prit l’artiste James Tissot lors de la Commune de Paris ?

C’est encore de nos jours une véritable question, pour laquelle, nous nous garderons bien de proposer une réponse définitive dans ces colonnes.

Retour sur cette énigme !

 

Le départ précipité à Londres

Alors bien sûr, James Tissot, le nantais, se faisait déjà appeler ainsi avant de quitter Paris. C’était en quelque sorte un des peintres parisiens les plus anglais qui se compter dans la capitale. Toutefois, cette anecdote n’explique pas son départ si précipité. Il faut dire que Tissot n’avait pas hésité à s’enrôler avec d’autres proches artistes parmi les Tirailleurs de la Seine pour contribuer à défendre Paris face au siège tendu par les Prussiens.  Il avait tout du patriote.

C’est avec le récit de Gaston Jollivet avec qui nous démarrons cette histoire, publié dans le Gaulois du 13 août 1902. Il s’agit ici de revenir sur la surprise de visiteurs se rendant chez Tissot au lendemain de la fin de la Commune de Paris.

« Un ami de Tissot, rentré dans Paris en mai 1871, avec les troupes de l’Ordre, court avenue de l’Impératrice, chez l’artiste qu’il ne trouve pas. Averti à temps du danger qu’il y a quelquefois d’être fonctionnaire, il se cachait : « Monsieur est à Londres, dit le concierge. A Londres, reprend l’ami, à cent lieues de penser que Tissot a eu un emploi de la Commune. Cela ne m’étonne pas. Il sera peut-être allé voir les Bonaparte exilés. »

Il poursuit : « Le plaisant, c’est que c’était vrai. Réfugié à Londres, Tissot y faisait le portrait de l’Impératrice. Cela n’étonnait pas trop en ce temps-là. ». La conclusion nous laisse toutefois un peu surpris : « Aujourd’hui, les artistes sont moins enfant de bohème. En sont-ils plus heureux ? Et nous aussi ? »

 

Les débuts d’une rumeur

Ce départ précipité était une surprise dans Paris. Alors même que la fin de la Commune signifiait le retour dans la capitale d’artistes qui avaient fui les événements dès septembre 1870, l’exil de Tissot était perçu comme quelque chose de contradictoires. Il se serait commis dans la Commune ? C’était une question que plusieurs se posaient alors.

Les rumeurs allaient bon train, relayés par les journaux proches des Versaillais.

 

Quel rôle aurait pu jouer Tissot ?

La présidence d’une commission artistique ?

Les racontards de juin 1871 indiquaient que Tissot aurait présidé une commission artistique pour établir un musée des arts. Cependant, pour Georges Bastard, il s’agissait d’une fausse intervention. Pour ce dernier, Tissot se serait opposé à l’initiative des communards de confisquer des œuvres d’art, d’orfèvrerie notamment. En tout état de cause, on ne trouva pas trace de son nom dans le Journal officiel de la Commune. Et pourtant cette publication reprenait entre autres les délibérations de la Fédération des artistes associé au soulèvement.

 

Enrôlé sans s’en rendre compte ?

Dans le Gaulois du 13 août 1902, Jollivet laisse penser que Tissot se serait retrouvé dans la Commune un peu sans le savoir :

« Il me sera permis de rappeler que James Tissot, l’excellent peintre qui vient de mourir, en a été fonctionnaire. L’éminent artiste pourrait s’en souvenir sans amertume et j’ai su que plus tard il racontait en souriant sa « nomination ». Un camarade était venu lui demander d’accepter je ne sais quel poste de conservateur de quelque chose, on lui faisait observer qu’il serait par là en mesure de protéger des collections artistiques publiques et privées. L’artiste s’était laissé faire et du reste ne troquer pas son atelier une heure contre un bureau quelconque. Voilà quelle fut toute sa collaboration à l’entreprise de Delescluse et des Raoul Rigault. »

Une fois encore, le récit de Jollivet nous réserve quelques surprises !

« Comment me diront les jeunes gens, un artiste doublé d’un homme du monde, a-t-il tout de même souffert d’accoler son nom à celui des pires gredins ? Ma réponse est simple. Tissot ne connaissait pas ces noms qui avaient résonné dans les manifestations les plus grotesquement furibondes du siège. Il ne lisait pas un journal, et neuf artistes sur dix avaient comme Tissot, en ces temps-là, une ignorance complète de tout ce qui touchait à la politique. C’étaient les vrais héritiers du héros de Mürger, de ce Rodolphe ou de Marcel donnant ou plutôt promettant cinq francs à leur portier pour qu’il leur dise tous les matins le temps qu’il faisait dans la rue et le nom du gouvernement. »

 

Une erreur de personne ?

Dans les Annales politiques et littéraires du 17 août 1902, est relaté une autre version de cette histoire.

« Survint la guerre, où Tissot fit vaillamment son devoir, puis la Commune, où il s’enferma chez lui. A la rentrée de l’armée française dans Paris, on vint le prévenir qu’il allait être arrêté. Une fatale erreur de nom l’avait fait confondre avec un capitaine des fédérés. Tissot crut prudent de disparaître en attendant que la vérité se fit jour.

Il se réfugia à Londres et y vécut très insouciant pendant quelques temps.

Cependant, le prince de Galles, aujourd’hui Edouard VII, très admirateur de son talent, hésitait à aller visiter son atelier, le bruit continuant de courir que Tissot avait participé à la Commune. Alors l’artiste se réveilla : il écrivit à Paris, demanda à l’ambassadeur de France de faire les recherches officielles, et l’innocence de Tissot fut si bien prouvée, que l’ambassadeur, pour donner à l’artiste une éclatante réputation, lui fit une visite officielle, accompagné d’une partie de son personnel. »

 

Des représentations d’exécutions par les Versaillais ?

Le blog Commune1871.org est revenu lui aussi sur cette discussion, à l’occasion de l’exposition du Musée d’Orsay. L’auteur évoque lui une faute que Tissot aurait commise aux yeux des Versaillais. En effet, il se trouva que malgré la fin du siège, Tissot était resté sous les ordres de la Garde nationale. Il participa alors à plusieurs actions d’ambulance autour des fortifications. Cette position lui permit d’assister aux fusillades réalisées par les Versaillais en répression des Communards. Il laissa plusieurs dessins, dont celui de l’exécution de Communards devant les fortifications du Bois de Boulogne, le 29 mai 1871.

 

L’installation à Londres

En Angleterre, Tissot se fait rapidement une place. Et même une belle place si à un moment de son séjour, le prince de Galles envisage de se rendre dans son atelier pour une petite visite. Dans une de ses lettres envoyées au début des années 1870, son ami Degas nous laisse imaginer que Tissot vend bien. C’était déjà le cas à Paris.

A Londres, Tissot continue ses dessins et croque la société anglaise, en s’amusant de situations amusantes rencontrées sur place.

En tout état de cause, le peintre garda de ces mois terribles des souvenirs forts, qu’il utilisa pour illustrer un livre de Thomas Bowles sur la Défense de Paris.

 

Le retour d’un anglais à Paris

A Londres, Tissot vécut une véritable romance avec une jeune divorcée, Kathleen Newton. Il la représenta à de nombreuses reprises, profitant des effets de couleurs au fil des saisons. Cependant, elle succomba en novembre 1882 de la Tuberculose. Tissot quitta aussi sec Londres pour revenir dans son hôtel particulier à Paris. Le Siècle du 21 février 1883 rapporte son retour, quelques semaines plus tard :

« Forcé de s’exiler de Paris, M. Tissot s’en alla chercher de l’autre côté de la Manche l’oubli d’un début orageux de sa vie. Il planta bravement son chevalet sur les bords de la Tamise. Sa réputation naissante chez nous prit son essor au milieu des brouillards londoniens. De loin en loin nous avons pu suivre les transformations que subissaient à cette épreuve son tempérament et sa manière de sentir, et grâce à lui étudier sur le vif l’influence des milieux. M. Tissot, célèbre en Angleterre, rentre dans son pays natal si bien ignoré du gros public, que récemment un de nos confrères le prenait pour un anglais. »

 

Sources bibliographiques :

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