La manufacture de la reine de la rue Thiroux

La manufacture de la reine de la rue Thiroux :  usine qui fabriquait de la porcelaine à la Chaussée d’Antin !

 

Après le mouvement lancé lors du Grand Siècle par les volontés de Louis XIV et de Colbert, l’industrie du luxe poursuit son développement au cours du XVIIIe siècle, notamment à Paris. Si le XVIIe siècle avait été celui des manufactures et des installations royales, bousculant le schéma établi par les différentes corporations, son successeur voit apparaître des manufactures de petite taille mais avec beaucoup de savoir-faire. Une sorte d’entrepreneuriat est lancé !

La fabrication de porcelaine dure s’inscrit totalement dans cette logique. A cette époque, le secret jalousement gardé des chinois est enfin percé. On se rend compte alors que la porcelaine dure devait ses caractéristiques à l’emploi notamment de kaolin. Après la manufacture de Meissen, en Saxe, qui avait été la pionnière, la région parisienne voit arriver cette industrie, à Vincennes d’abord, puis à Sèvres.

Sous le règne de Louis XVI, des initiatives privées se font jour pour produire de la porcelaine, tout près de Paris. Pour favoriser leur mise en avant, mais aussi probablement pour se protéger des corporations jalouses de leurs privilèges, elles firent appel au parrainage de puissants.

La manufacture de la rue Thiroux alla chercha la plus puissante des marraines : Marie Antoinette !

 

L’initiative d’un certain Leboeuf

C’est dans la seconde moitié des années 1770 qu’André Marie Leboeuf se lance dans une nouvelle aventure : la manufacture de porcelaine. Suivant les sources, nous trouvons comme date : 1775, 177, 1778…

En tout état de cause, il s’établit rue Thiroux, dans un nouveau quartier qui se développe alors : la Chaussée d’Antin. Située entre la rue des Mathurins et de la rue de Provence, elle fusionna avec la rue de Caumartin à la moitié du XIXe siècle.

On pouvait lire dans l’Année littéraire de 1778 (tome VIII, page 141), que la manufacture se trouvait « première rue à droite dans la rue des Mathurins, en entrant par la chaussée d’Antin ».

A cette époque, Leboeuf doit rivaliser avec une autre manufacture qui se développe, celle de Clignancourt, qui avait été trouvé Monsieur comme parrain. Mais ces deux installations n’étaient pas les seules à bénéficier de ce genre de protection.

 

Une porcelaine passée sous la marque de la reine

L’habileté d’André Marie Leboeuf lui permet d’attirer l’attention de la Marie Antoinette, qui donnera son parrainage à l’initiative.

Pour la manufacture de la rue Thiroux, c’est non seulement une formidable protection, mais la place sur le devant de la scène. Rappelons que la reine, avec l’aménagement de son domaine de Trianon, était un des plus importants mécènes de la période. Aussi, plusieurs produits issus de la manufacture rejoignirent Trianon, notamment pour le décor de la laiterie dans le hameau de la reine.

Pour assoir sa communication, Leboeuf fit jouer la publicité. Ainsi, on pouvait lire dans la Gazette du 4 décembre 1778 :

« Les Propriétaires de la Manufacture de porcelaine de la Reine établie rue Thiroux, font part au Public que la Reine voulant bien honorer de sa protection leur établissement & permettre qu’il se pare de son auguste nom, chaque pièce nouvellement fabriquée fera désormais marquée en dessus d’un A couronné, première lettre du nom de Sa Majesté. La rue Thiroux est la première à droite dans la rue Neuve des Mathurins, par la rue de la Chaussée d’Antin. Le dépôt de la Manufacture est au petit Dunkerque, quai de Conty. »

Dès lors, le dépôt de la manufacture fut installé chez Granchez, le bijoutier de la reine. Un débouché supplémentaire facilitant le commerce dans les plus belles maisons parisiennes.

 

L’enseigne de la reine

La Gazette du 4 décembre 1778 avait déjà un peu effleuré le sujet. Ainsi que Henry Havard le confirme dans son dictionnaire de l’ameublement et de la décoration, « chaque pièce fut marquée, en dessous, d’un A couronné, première lettre du nom de Sa Majesté ».

Suivant le cas le A était surmonté ou non de la couronne royale. En tout état de cause, l’importance de la protectrice était essentielle.

La lette A était souvent réalisé en bleu au début. Ensuite, elle est mise en avant avec un rouge, appuyant la couronne.

 

Type de porcelaine de la manufacture

Ainsi que l’écrit Edouard Garnier dans son histoire de la Céramique, on produit un grand nombre de types d’objet dans la manufacture de la rue Thiroux. « Tous les genres de décors furent fait dans cette fabrique ».

Un semble être tout particulièrement une spécialité : « un des plus simples et en même temps des plus charmants est le décor dit à barbeaux, qui consiste dans un semé de bluets (barbeaux) finement et délicatement exécutés ».

Dans une vente relatée par l’Excelsior du 28 novembre 1929, une vase à guirlande fleurie, chiffre en myosotis faisait partie du catalogue.

Ainsi, cette manufacture s’inscrivait pleinement dans le style appelé plus tard Marie Antoinette, à savoir très fleuri. On le retrouve d’ailleurs exprimé dans sa quintessence à Trianon.

 

Une manufacture qui est cédée à la Révolution

Comme on peut se l’imaginer, la protection de la reine était un grand atout, tant qu’elle était sur le trône. Aussi, cette situation devint beaucoup plus compliquée à la Révolution.

En 1794, Leboeuf vend sa manufacture à Guy. Ce dernier, qui était auparavant fabricant au petit Carrousel, s’associe à Housel. Ce dernier poursuivra l’aventure après la mort de Guy en 1798.

Durant ces années, les porcelaines étaient marquées avec le nom des lieux : Rue Thiroux Paris.

Dans le Courrier des spectacles du 27 juillet 1802, nous avons trouvé l’étonnant compte rendu d’une visite ministérielle à la manufacture.

« Le même jour, 30 prairial, le ministre de l’intérieur a visité les manufactures de porcelaine des citoyens Greder et Nicolet, rue du Rocher, et du citoyen Houzel, rue Thiroux ; il a trouvé dans l’un et l’autre de ces établissements l’instruction qui résulte du travail et d’une longue expérience, ainsi que la réunion de tous les moyens nécessaires pour fabriquer de la bonne porcelaine. Le ministre a observé avec la plus grande satisfaction, que l’étude de la chimie avait porté la lumière dans les différentes fabriques qu’il a visitées, et que cette étude avait fait murir chez la plupart des ouvriers le goût de l’observation, source des découvertes les plus importantes pour le perfectionnement des arts utiles. »

 

Dispersion d’une manufacture

Malheureusement, la reconnaissance ministérielle n’empêcha pas la fin de la manufacture. Housel continua l’exploitation de la manufacture jusqu’en 1804.

On pouvait lire dans le Journal de Paris du 16 octobre 1803, l’annonce suivante d’une vente publique :

« Par autorité de Justice, vend, rue Thiroux, chauffée d’Antin, n° 661, le mercredi. 16 vendémiaire an 12 et jours suivants, 10 heures du matin. Cette Vente consiste, 1° en beaux Cabarets peints & dorés, quantité de Tartes, Théières, Cafetières, Sucriers, Pots à lait, Jasmin, Vases, Pots à l’eau, Assiettes, Plats , Saladiers, Raviers, Compotiers, Bols, Beurriers, Confituriers, Vases de nuit; le tout tant en porcelaine blanche que peinte & dorée. 2° En quantité de Porcelaine de tous genres, prête à cuire. 3° En quantité de Moules & d’ustensiles propres à l’exploitation d’une Manufacture de Porcelaine, tels que Tours, Moulins, Tables, Baquets, Armoires, Tablettes, Terre à Porcelaine, fisc. 4.°En peu de Batterie de Cuisine , Faïence verrerie, Poêles de Faïence, Feux, Glaces, Tables a joker, Commodes, Secrétaires en noyer. Horloge, Fauteuils de velours d’Utrecht cramoisi , Couchers complets, Rideaux de toile peinte , Estampes montées & autres Meubles. 5° En Garde-Robe d’hommes et peu de Linge de corps fit de ménage. Le tout an comptant. On commencera le mercredi 26 vendémiaire par les Porcelaines, ensuite les ustensiles de la Manufacture, et l’on finira par les Meubles. -Le Local est à louer présentement. »

 

Sources bibliographiques

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