La proximité des mythes de Saint-Denis et Bacchus

La proximité des mythes de Saint-Denis et Bacchus : la similitude des noms, des fêtes tout comme leurs morts.

 

Troublants rapprochements de légendes : Saint Denis et Bacchus ! L’évêque ayant converti la région parisienne et martyr avec le dieu romain de la fête et du vin !

Mais finalement, à bien y regarder, ainsi que l’on fait certains auteurs du XIXe siècle… A cette époque, Montmartre développait sa légende, tout comme son authenticité en cours de transformation. Le vin et la vigne y tenaient une place à part, juste à côté de celle des moulins.

 

Des noms avec des similitudes

Tout d’abord, ainsi que le rappelle Charles Sellier dans ses Curiosités de Montmartre, les grecs désignaient le dieu du Vin, Dionysos. Les romains reprirent le dieu en la baptisant Bacchus. Dionysos, Denis… Des noms pas si éloignes. Complétons cette première comparaison que Denis a donné comme dérivatif dionysien.

Ensuite, Saint-Denis avait deux compagnons de route à ses côtés: Rustique et Eleuthère. Les romains célébraient les fêtes rustica lors des vendanges. Enfin, Bacchus était aussi appelé Eleuthéros par les grecs… Les ressemblances lexicales se confirment…

 

Des cultes proches entre celui de Saint-Denis et Bacchus ?

Dans son histoire civile et morale de Paris, Jacques Dulaure évoque lui aussi ce rapprochement. Il indique en 1824 que le culte de Bacchus aurait été débuté en même temps en Gaule, que celui de Saint Denis… Les dates sont pour le moins troublantes, car il est probable que le culte de Bacchus soit venu avec la présence romaine. Toujours est-il que Dulaure indique qu’il y avait des ressemblances entre le culte de Saint-Denis autour de sa tête tombée avec celui de la tête de Bacchus à Delphes. Nous y reviendrons.

Dulaure évoque également la date de la fête de Saint-Denis, qui aurait été la même que celle de Bacchus. En effet se déroulant le 9 octobre, elle reste bien proche des vendanges… et des fêtes rustica des romains. Cette tradition fut remise au goût du jour avec le retour de la vigne à Montmartre dans les années 1930.

 

La symbolique autour de la tête

Bacchus aurait perdu sa tête, après avoir tenté de convaincre les titans de suivre un nouveau rite. C’est ce qui serait également arrivé à Saint-Denis.

En effet, Denis serait venu en Gaule pour convertir la population au Christianisme. Toutefois, à Paris, il aurait été arrêté et soumis à un martyr sur la butte Montmartre, décapité. Là, selon la légende, il aurait pris sa tête dans ses bras et aurait marché jusqu’à l’emplacement de la ville actuelle de Saint-Denis. On l’aurait enseveli là-bas. Un véritable culte se serait installé, allant jusqu’à l’ensevelissement des rois de France eux-mêmes.

Pour Bacchus, son tombeau aurait été l’objet de pèlerinage à Delphes, en Grèce.  

 

Il est évidemment frappant de lire ces ressemblances dans ces écrits du XIXe siècle. Mais rappelons-nous que Montmartre était totalement empreint de la symbolique du martyr du Saint, tout en étant de lieu où on produisait du vin et l’où en buvait beaucoup alors. Les guinguettes et les cabarets en sont les bons souvenirs.

 

Le respect dû à Bacchus

Terminons cet article avec une autre tradition du vignoble parisien. Ainsi que le rapporte le Petit Journal du 26 septembre 1926, il était d’usage de poser sur une table, à l’intérieur des pressoirs une statue de Bacchus. Le dieu romain y était représenté assis sur son tonneau. A chaque fois que quelqu’un entrait dans le pressoir, il se devait de faire une génuflexion devant la statue. Malheur à celui qui ne le respectait pas. Il faisait immédiatement l’objet d’une brimade par ses compagnons En effet, on le couvrait de coups de bâtons sur les fesses. On usait pour l’occasion le « ramon de Bacchus » en reprenant un mot de l’ancien patois. En effet, originaire de la langue d’oïl, le ramon désignait, dans les langues régionales du nord de la France, le baton.

Le journaliste complète : « Cette coutume, d’un caractère assez rabelaisien se pratiquait dans toute la région viticole entourant Paris. Et elle s’y pratiquait non sans vigueur, car notre auteur rajoute qu’on n’y allait pas de main morte pour fustiger ceux qui avaient négligé de rendre hommage à Bacchus. « On n’y épargne pas plus la peau humaine que celle des raisons lorsqu’ils sont sur le plancher ou le lit du pressoir, et les habits du pauvre patient ne tardent pas à devenir de la même couleur que les vases dans lesquels on a écrasé le fruit de la vigne. »

 

Sources bibliographiques :

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