Histoires de Paris

A chaque coin de rue de Paris, des histoires… souvent revues, réadaptées mais fascinantes

Histoires au détour d'une rue

Le torrent de la rue de Lille

Le torrent de la rue de Lille de la crue de 1910 : inondation venue des eaux prisonnières de la gare d’Orsay.

La Seine monta haut en ce mois de janvier 1910. Jusqu’à plus de 9 mètres ! Un record depuis bien longtemps !

Aussi, rapidement, le fleuve avait d’abord par des infiltrations, puis directement par les soupiraux servant de fenêtre, envahi la ligne de chemin de fer entre les gares d’Orsay et d’Austerlitz. Ensuite, remontant les galeries, il baigna totalement la gare d’Orsay. Tout est inondé : les trains qu’on n’avait pas eu le temps de sortir, baignaient. La salle des pas perdus était devenue une sorte de pataugeoire. Bref, la gare était réduite à une sorte de grande piscine. Mais personne n’avait vraiment envie de plonger dedans.

Cette situation posa de véritables problèmes pour les rues adjacentes, et notamment la rue de Lille. En effet, rien n’interdisait à l’eau de continuer son périple toujours plus au cœur de la ville.

Menaces sur la rue de Lille

Dés le 24 janvier, on commença à s’inquiéter de la situation. Le matériel de la gare d’Orsay était perdu. Mais comme le rapporte le Radical du 25 janvier, la situation n’était guère encourageante. A cette heure là on n’avait plus qu’une crainte : que l’eau de la Seine atteigne le niveau des soupiraux de la ligne de chemin de fer, pour ensuite s’accumuler dans la gare. « Lorsque la Seine sera entrée franchement par les soupiraux, la nappe d’eau aura deux mètres de plus de profondeur. »

Explosion des baies vitrées de la gare d’Orsay

Ce qui était craint, arriva dés le 24 janvier au soir. A dix heures du soir, la Seine avait dépassée 8 mètres. Ses eaux profitèrent également du renfort venu de la Bièvre. La débandade était totale.

« Dans la gare d’Orsay, où depuis la veille on avait renoncé à la lutte, l’eau monte avec une rapidité extrême, atteignant le plafond des sous-sols où sont les voies. »

Le journaliste du Radical, en continuant son article, compléta :

« Sous cette énorme pression, les baies vitrées qui donnent sur la rue de Lille éclatèrent et l’eau s’échappant en bouillonnant forma aussitôt une nappe qui se répandit dans les sous-sols des immeubles en bordure. »

Déroulement de l’accident

Grâce à la Petite République du 26 janvier 1910, nous en savons un peu plus sur la manière dont cela s’est déroulé :

« On sait que la gare est complètement noyée : il y a près de huit mètres d’eau à l’intérieur. Or, la gare s’étend sous la rue de Lille, dont  le niveau est plus bas que le niveau des eaux à l’intérieur. Celles-ci exercent dont une pression de bas en haut sur la chaussée et le trottoir qui résistent néanmoins. Ce sont les plaques de verre qui s’étendent le long du trottoir et qui sont destinées à donner un peu de jour à l’intérieur qui sautèrent au nombre de sept ou huit.

L’eau s’échappa en bouillonnant et envahi aussitôt la rue de Lille, de Poitiers, de Verneuil, de l’Université… A l’angle de la rue de Poitiers et de Lille, il y avait hier après midi, plus d’un mètre d’eau. On envoya sur les lieux deux canots et une prolonge d’artillerie pour faire le service des maisons bloquées.

Mais l’eau n’ayant pas encore atteint dans ces rues le niveau de la Seine, comme il n’est pas possible d’aveugler ces voies d’eau ainsi ouvertes, l’inondation va gagner presque toutes les rues basses situées derrière la gare d’Orsay.

L’hôtel des dames du téléphone, rue de Lille, a ses sous-sols noyés. La maison est privée de chauffage.

La succursale de la Société générale, au coin des rues de Lille et du Bac est envahie. Deux pompes épuisent les eaux.

Une catastrophe qui s’étendit très rapidement dans le quartier.

Progression ensuite de l’inondation dans le quartier

Comme il n’avait fallu qu’une hauteur de Seine de 8 mètres pour inonder la gare d’Orsay et la rue de Lille, la crue, continuant de monter, toucha plus largement.

Compte rendu du Matin du 26 janvier :

« Sur les parois de la gare, la poussée de l’élément liquide est formidable. Cà et là, sous les joints des portes de fer, qui, du côté du palais de la Légion d’honneur, ferment l’extrémité du vaisseau, l’eau jaillit en hautes gerbes et s’écoule vers la rue de Lille, dont toute la partie située derrière la gare d’Orsay est transformée en un vaste canal. Depuis le matin d’ailleurs, la crue a pris en cet endroit de telles proportions qu’on a dû amener deux barques pour permettre aux habitants de sortir de chez eux ou d’y rentrer. Mais ces deux barques ne suffirent pas toujours. Pour n’avoir pas à attendre, le juge Lemercier, qui habite au numéro 75 de la rue de Lille, a eu l’idée d’acheter pour son propre usage un canot en toile, grâce auquel il pourra librement, tant que durera la crue, quitter ou regagner son domicile.

Dans les rues voisines, rue de Verneuil, et rue de Poitiers notamment, la crue gagne du terrain. Les caves d’un magasin de nouveauté sont inondées et l’on s’efforce de sauver à la hâte les marchandises qui s’y entassent.

Il en  est de même à l’ambassade d’Allemagne dont les caves sont submergées. Pourtant, on tache, à l’aide de pompes de fortune, d’épuiser l’eau des sous-sols. »

Là, craignant que les chaussées s’effondrent, tout comme les immeubles, les habitants n’attendaient qu’une chose : que la crue cesse !

Sources bibliographiques

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