la vie parisienne dans le théâtre de foire

La mise en avant de la vie parisienne dans le théâtre de foire… ou l’affichage du danger, de la débrouille et des jeux truqués

 

Genre volontairement populaire, le théâtre de foire visitait une certaine vie quotidienne parisienne. Voici quelques extraits choisis de deux pièces, où pour les besoins de l’intrigue, c’est une ville avec beaucoup de vie, de débrouille mais aussi de pièges qui est présentée :

 

Une ville dangereuse pour son visiteur :

La ‘Coquette ou l’Académie des dames’ de Jean François Regnard présentée pour la première fois en 1691 démarre ainsi, faisait parler un normand fraîchement arrivé à Paris :

« Il n’y a pas une demi-heure que je suis arrivé dans Paris, et me voilà déjà presque tout déshabillé… « Au voleur! Au voleur I Quelle maudite nation! A peine suis-je entré dans la ville, qu’on fait derrière mon cheval l’opération à ma valise; on en lire les bardes, et on la fait accoucher avant terme. En descendant à l’hôtellerie, on m’escamote ma casaque. Je fais deux pas dans la rue, un fiacre me couvre de boue depuis les pieds jusqu’à la tête; un porteur de chaise me donne d’un de ses bâtons dans le dos; il vient un homme me saluer, je lui ôte mon chapeau, un coquin par derrière m’arrache ma perruque, et, pour comble de friponneries, on veut me faire payer l’entrée à la porte comme bêle à cornes, parce que je viens pour me marier… Attendez donc que je sois… »

 

La vie sur les foires était particulièrement riche et attirait une foule diverse de besogneux

Dans la ‘Foire Saint Germain’, Jean François Regnard présentait une grande activité en 1695.

 

Les cris des marchands  haranguent les passants

« Des robes de chambre de Marseille; venez voir ici de très belles chemises de toile de Hollande; des robes de chambre à la mode; des bonnets à la siamoise; du fromage dé Milan, messieurs; venez chez nous : toutes sortes de vins d’Italie, de la Verdée, du Grec, de la Malvois »

« Des râlons tout chauds, à deux liards, à deux liards. »

Et qui font un grand effet sur les visiteurs :

« Voyons si j’ai de quoi payer tout cela. Deux liards de chemise, deux liards de robe de chambre, deux liards de couverture de Marseille, deux liards de fromage; voilà qui fait deux sols : il me faudra avec cela pour deux liards de filles : cela fera six blancs »

 

Paris était aussi la ville de la débrouille

« Ma foi, madame, il faut qu’une fille, pour vivre honnêtement, sache plus d’un métier. Je fais prêter de l’argent à des enfants de famille qui n’en ont point; je le fais dépenser à ceux qui en ont; je raccommode les ménages disloques; j’en brouille d’autres, et quantité de petits négoces de culte nature-là. »

 

Et les jeux truqués permettaient de renforcer les gains :

« Cinq et quatre font neuf, et vingt sont vingt-neuf; deux tabatières, qui en valent encore dix, sont trente-neuf; une montre de vingt-cinq: le tout fait à peu près soixante et quatre ou cinq pisloles : cela n’est pas mauvais à prendre. » « Eh! ce n’est rien, ce sont soixante-dix pisloles que j’ai gagnées au jeu chez Lafrenaye le curieux. » « C’est que je vous dirai en confidence que je suis’ un filon. Je joue aux  dés; j’ai toujours des dés pipés sur moi, et je fais rade de six quand je veux. » 

Il faut dire que la pratique des jeux truqués était monnaie courante sur les foires au début du XVIIIe siècle, à tel point qu’elle nécessita une forte intervention de la justice.

 

Le Carnaval lorsque la folie repousse la raison

« Les amours et plaisirs descendent avec Bacchus et se joignent au Carnaval. Le boeuf gras arrive avec son cortège au son des tambours et des trompettes. Il est conduit par deux romains. » « Dés que le boeuf gras et sa suite sont partis, la folie arrive conduisant une troupe de masques ». « Un français et une amazone dansent un menuet, qui est suivi d’un rigaudon dansé par un petit berger et une jeune bergère. » »Les danses de folie sont interrompues par la raison, qui marche gravement accompagnée du pleureur Héraclite et du rieur Démocrite. »

 

Détail de la vie de concierge :

« La concierge d’un abbé? Voilà une plaisante condition. Et quel était l’emploi de cette concierge-là? ». « Elle avait soin des meubles de monsieur; elle lui faisait de la gelée, bassinait son lit, elle frisait tous les soirs. » « Il n’y a pas grand ouvrage à friser des cheveux courts comme ceux-là. » « Plus que vous ne pensez : j’aimerais mieux coiffer dix femmes en boucles, que de mettre une tête d’abbé en marrons »

 

Sources bibliographiques :

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