Accidents dans la Seine gelée en 1879

Accidents dans la Seine gelée en 1879 : quand il ne fallait surtout pas tomber dans l’eau au risque de mourir

 

Favorisée par un froid inférieur à -10°C pendant tout le mois de décembre, la Seine finit par geler pratiquement entièrement en 1879.

Une situation qui restait rare au XIXe siècle. Aussi, comme on peut l’imaginer, de nombreux promeneurs voulurent tenter le risque de s’aventurer au-delà des berges, directement sur le fleuve. Pour le traverser ! Pour faire des glissades ! Pour faire du patin à glace ! Rappelons que pour les parisiens, le plaisir du patinage était très présent, notamment au Bois de Boulogne comme au Bois de Vincennes.

 

Se promener sur la Seine gelée, un essai très risqué tout de même

Le Petit Journal du 26 décembre 1879 nous donne un peu des repères sur la solidité de la glace.

« Quand la glace a une épaisseur de quatre centimètres, elle supporte le poids d’un homme isolé. A huit centimètres, l’infanterie peut y passer en file et en rompant le pas. On admet qu’elle doit avoir de onze à seize centimètres pour la cavalerie et les pièces légères de campagne, et au moins vingt centimètres pour les pièces de réserve. A quarante centimètres et au-delà elle résiste à la pression des fardeaux les plus lourds. »

Pour cet épisode de froid, plusieurs risques étaient à l’œuvre. Tout d’abord, la faible épaisseur de glace par endroits ! Ensuite, comme l’eau continuait de couler en dessous de la glace, des courants et des tourbillons se déplaçaient, rognant l’épaisseur solide. Enfin, le niveau de la Seine diminuait également. Lorsque le froid survient, la Seine était en crue. Aussi, rapidement un espace se forma entre la glace et le niveau de l’eau qui coulait.

 

Un accident en plein Paris

C’est en lisant le Petit Journal du 14 décembre que nous démarrons notre premier exemple d’accident survenu cet hiver-là sur la Seine.

« Au pont Solferino, où la Seine est complètement prise, un cocher de maison a voulu traverser le fleuve, hier matin. Il est arrivé sans encombre jusqu’à la hauteur de la deuxième pile ; mais la glace a cédé sous le poids de cet imprudent, dont une des jambes s’est enfoncée dans l’eau à travers la glace. Les efforts qu’il a tentés pour essayer de se retirer ont fait céder un autre morceau de glace, et aussitôt cet homme s’est trouvé complètement plongé dans l’eau jusqu’aux aisselles.

Ce malheureux a poussé un cri de terreur et a eu la présence d’esprit d’étendre les bras, ce qui lui a permis de se soutenir dans cette position périlleuse, en attendant qu’on vint à son secours. Ce n’est qu’au milieu des plus grandes difficultés qu’on est parvenu à le retirer, à demi gelé et sans connaissance. »

Lorsque la glace craque cela va très vite. Et lorsqu’on se débat, on s’enfonce encore plus. L’eau en dessous reste glacée et chaque minute dedans compte. Attention ensuite au retour à l’air libre : la température reste bien en dessous de 0°C.

 

Un second accident à Bezons

Quelques jours plus tard, un autre accident survint. Cette fois-ci, nous sommes dans la banlieue parisienne, en aval de Paris, à Bezons. Pour rester informer de la situation, nous comptons sur le Petit Journal du 19 décembre 1879

« Un jeune garçon de douze ans s’amusait à glisser sur la Seine en face de l’ile Bezons, près d’Argenteuil. Il poussa l’imprudence jusqu’à monter sur un gros glaçon qui se déroba sous ses pieds ; il fut précipité dans l’eau.

Des maraîchers se rendant à Argenteuil, attirés par les cris des camarades de l’enfant, sondèrent le fleuve à l’aide d’un croc, mais inutilement. Enfin, un jeune homme d’Argenteuil se fit attacher une corde autour des reins, plongea sous la glace et fût assez heureux pour ramener cet enfant qui n’était qu’évanoui. Des soins donnés dans l’auberge voisine le ranimèrent. »

 

Des accidents qui ne dissuadent pas les promeneurs

Comme souvent, on espère que les dangers ne vont arriver qu’aux autres et qu’on reste invincible. Malgré la vigilance forte des policiers, des messages répétés sur les risques dans les journaux, les parisiens sont toujours plus nombreux à déambuler sur la Seine gelée. Certains iront même jusqu’à réveillonner au pied des arches. D’autres feront une procession de lampion la veille de Noël.

Dans cet esprit, le Petit Journal écrit le 25 décembre :

« La nuit dernière, une quarantaine de personnes avaient organisé une promenade aux flambeaux qui a remonté la Seine du pont de la Concorde au Pont-Neuf. Les glissades augmentent à vue d’œil. Répétons à ce propos notre avis d’hier. Il est dangereux de patiner sous les ponts.

Il y a aussi plusieurs endroits découverts ou les promeneurs ne sont pas en sécurité des gardiens de la paix en défendent les abords, mais la foule est parfois peu commode et passe outre. Avis aux imprudents »

 

Sources bibliographiques

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