Les emplacements des anciens moulins à vent

Les emplacements des anciens moulins à vent : dans tout Paris… dès qu’il y avait des petites hauteurs !

 

Les moulins à vent à Paris : Voici une belle image qui rappelle Montmartre, portée haut et fort par le Moulin de la Galette. Certes, Montmartre n’est pas la seule à avoir son Moulin de la Galette ; il vous suffit de vous rendre un peu à l’extérieur à Sannois. Mais Montmartre n’était pas la seule à avoir des moulins dans Paris.

Pour cela, nous allons largement donner la parole à Charles Sellier à qui nous avions largement emprunté son récit pour les moulins de Montmartre

 

La butte des Moulins

Dans ce blog, nous vous avons déjà compter l’histoire de la Butte des Moulins. Cet édicule situé non loin de la porte Saint Honoré dans le Moyen Age tardif a fait l’objet d’un récit approfondir par Edouard Fournier. Et comme son nom l’indique, elle avait abrité des moulins à vent, juste de l’autre côté de la muraille.

En 1885, les journaux indiquent que l’on vient alors de faire une découverte archéologique du côté de la place des Victoires. Nous citons Charles Sellier dans le Rappel du 15 décembre 1885 :

« Il y a quelque temps, les journaux annonçaient qu’une intéressante découverte archéologique venait d’être faite sur la place des Victoires. En approfondissant une tranchée ouverte en face des maisons portant les numéros 3 et 5, pour des réparations à faire à un égout, on avait rencontré, à 3 m. 30 en contre-bas du sol, un massif cylindrique en pierre de taille, parfaitement jointoyé, mesurant 1 m. 50 de diamètre et entouré à une distance de 1 m. 80 d’un mur circulaire de 1 m. 20 d’épaisseur. Le docteur Lamouroux, conseiller municipal, vint examiner les choses et établit sans peine qu’on était en présence de la base d’un des moulins qui couronnaient autrefois le rempart d’Etienne Marcel. Le pilier central devait servir de support à l’arbre de couche. »

 

Une diversité de moulin à vent à la fin du XVIIIe siècle

En approfondissant ce bel article, nous (re)découvrons qu’on pouvait trouver des moulins dans divers endroits de Paris.

« Il n’y a pas plus de cent ans s’élevaient dans Paris ou dans ses faubourgs de nombreux monticules que les diverses transformations de Paris ont emportés. Ces buttes, telles que calles de Saint-Roch ou de la Ville-Neuve, résultaient de l’agglomération des immondices, des gravois et des déblais que l‘on avait l’habitude d’amonceler sur certains points.

Il en a été de même, sans aucun doute, pour la butte Copeaux ; du faubourg Saint-Victor comme pour la butte des Rosiers, située près de Saint-Germain des Prés. Quoi qu’il en soit, ces excroissances du sol, ainsi que les hauteurs beaucoup plus importantes de Montmartre et de Chaillot, de Belleville et de Ménilmontant, de Montrouge et de la Butte aux Cailles, etc., ont été jadis couvertes de moulins à vent. »

 

Les moulins médiévaux

« Le premier moulin à vent que nous voyons apparaître dans l’histoire de Paris est celui de la butte des Copeaux. En effet, si nous rappelons ce que nous avons déjà eu l’occasion de dire, nous voyons qu’en 1148, les moines de Saint-Victor obtinrent de ceux de Sainte-Geneviève, moyennant deux sous de cens, la permission de détourner la Bièvre pour la faire passer dans leur enclos et d’y construire un moulin à eau, sous la condition toutefois que cette construction ne porterait aucun préjudice au moulin Coupels (Copeaux) qui appartenait aux genovéfains. A la fin du siècle dernier, on voyait encore le moulin des victorins, rue du Jardin-du-Roi (aujourd’hui Geoffroy-Saint-Hilaire), entre la rue Censier et la rue Fer-à-Moulin.

Nous ignorons à qui appartenait cet autre moulin à vent que le/s plans du seizième siècle nous montrant à peu près à vers l’endroit où la rue Monge atteint aujourd’hui la rue Rollin, qui se nommait primitivement le Chemin du Moulin-à-Vent.

Tout ce qu’on sait, c’est que, vers le milieu du quatorzième siècle, les boulangers étaient fort nombreux dans ces parages ; ils y ont été sans doute attirés par les susdits moulins où ils avaient facilité de faire moudre leur blé. La rue où la plupart d’entre eux vinrent s’établir a été nommée depuis rue des Boulangers. Les moulins du faubourg de Saint-Victor ont disparu depuis longtemps. Dès le commencement du dix-septième siècle les plans de Paris n’indiquent plus qu’un magnifique bouquet d’arbres sur la butte de Coupels, aujourd’hui le labyrinthe du Jardin des Plantes…

Après le moulin des Copeaux, voici le moulin des Roziers, la présence de celui-ci est attestée par le plan de tapisserie. Il existait en 1368. Dévoré par un incendie, il fut reconstruit en 4509, à côté da cimetière des lépreux, situé, comme on sait à l’angle des rues Jacob et Saint-Guillaume.

N’oublions pas non plus les deux moulins des Gobelins qui couronnaient autrefois la butte aux Gariots, enlevée en partie par l’avenue des Gobelins : ils sont non moins anciens.

La butte de Ville-Neuve-des-Gravois et sa voisine de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle avaient aussi leurs moulins à vent. Ils figurent également sur les plans du seizième siècle. Lors de la pose des quatre premières pierres de la chapelle de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, le 20 août 1351, à l’endroit s’appelait la Montagne du Moulin. »

 

Des moulins du XVIIe siècle

« Nous n’avons plus rien à dire au sujet des moulins qui occupaient le sommet du rempart d’Etienne Marcel, entre la porte Montmartre et la porte Saint-Honoré. Quant à ceux de la butte Saint-Roch, qui ne dataient que du seizième siècle, ils furent à leur tour condamnés à déménager en 1634, lors de la construction de la nouvelle enceinte bastionnée par le grand entrepreneur Barbier. Cependant ils ne partirent que trente ans plus tard, chassés définitivement par les travaux que Villedo et ses fils avaient entrepris pour aplanir la butte et y percer douze rues nouvelles.

Descendus cahin-caha, dit Edouard Fournier dans son Histoire de la butte des Moulins, ils furent portés, les uns à Montmartre, les autres à la montagne Sainte-Geneviève. Là encore la ville qui montait, les constructions qui se multipliaient les firent déguerpir sans beaucoup tarder, et force leur fut d’aller encore plus loin. Un de ces moulins existe encore à Crouy sur-Ourcq. Il a bien deux siècles et demi et porte toujours au-dessus de sa porte la grossière image du patron sous l’invocation duquel il a été baptisé à la Butte des Moulins. »

 

« Notons aussi le moulin qui, d’après le registre de l’Hôtel de Ville pendant les troubles de la Fronde, publié par M. Leroux de Lincy, se trouvait sur les remparts près de la rue du Pont-aux-Biches (rue Volta), et servit alors de corps de garde. Dans le faubourg du Temple, une partie de la rue de Malte a porté longtemps le nom de rue des Hauts-Moulins, à cause des moulins à vent doit elle était environnée. Dans la première moitié du dix-septième siècle, les bastions de Ménilmontant, de la porte du Temple et de la porte Saint-Martin, comptaient encore une dizaine de moulins, grand nombre en avaient été détruits en 1590, lors du siège de Paris par l’armée royale, qui ne furent pas reconstruits.

Au dix-huitième siècle, Paris et ses faubourgs possédaient plus de soixante moulins éparpillés deçà et delà. Dans le huit du faubourg du Temple, il y avait le Moulin-Joli, près de la rue des Trois-Couronnes : son nom lui venait de son premier propriétaire. Il ne faut pas le confondre avec le Moulin-Joli d’Argenteuil, dont le cabaret eut son heure de vogue, il y a une quarantaine d’années. Il n’en reste plus rien aujourd’hui qu’un souvenir : c’est le titre d’un opéra-comique de Clairville de 1849. Il y avait encore les moulins de Popincourt et de Belleville, le moulin de Romainville dont remplacement est marqué depuis par une maison de plaisance qui en porte le nom, puis les moulins de Reuilly et de Picpus. »

 

Les moulins de Montmartre

Nous ne pouvons évidemment ne pas parler des moulins de Montmartre. Sur ce sujet qu’il maîtrisait parfaitement, Charles Sellier écrivait :

« Sur la butte Montmartre, les moulins étaient encore assez nombreux : c’étaient le Moulin-Neuf et le Moulin-Vieux ; ceux de la Poule et de la Lancette, de la Grande-Tour et de la Petite-Tour ; ceux du Palais, de la Béquille, de la Galette, des Brouillards, de la Fontaine-Saint-Denis ; puis le moulin des Couronnes, du côté où se trouvant actuellement les chantiers du Sacré-Cœur. A droite du chemin des Porcherons (rue Saint-Lazare), il y avait le moulin de la Tour des Dames : une rue voisine en porte le nom.

Les deux anciennes voies qui montaient à Montmartre et à Clignancourt (aujourd’hui rue des Martyrs et rue Rochechouart) en avaient chacune trois en bordure. Dans le quartier de la Ville-l’Evêque, alors qu’il n’y avait, au-delà de la rue des Saussaies que des jardins maraîchers, des terrains vagues et des carrières abandonnées, trois moulins s’élevaient, au fond de la perspective sur la butte des Grésillons : c’étaient le moulin des Prunes, le moulin de la Marmite, et, le moulin de Boute-Fin, au-dessous desquels tournaient aussi le moulin de la Pologne et le moulin des Prés. Puis les moulins de Chaillot et enfin celui de la Tour de Passy. »

 

Du côté sud de Paris également

« Sur la rive gauche, partons du moulin de Javelle où nous reviendrons tout à l’heure. A la limite de Vaugirard, voici le moulin et la tour des Fourneaux que remplace aujourd’hui la barrière des Fourneaux. A la jonction du chemin de Vaugirard et du chemin des Tuileries, sur le territoire de Plaisance, nous rencontrons le moulin de la Pointe, vis-à-vis de l’Enfant-Jésus, il est en avant-garde d’un groupe d’autres moulins, qui sont : le moulin Vieux et le moulin Neuf ; celui des Cornets ; le moulin de Beurre dont nous reparlerons un peu plus loin ; la Tour de Vanves et la Tour de la Charité : cette dernière se trouve aujourd’hui isolée au beau milieu du cimetière de Montparnasse. C’est une construction en pierre de forme ronde, d’environ quinze mètres de hauteur, percée de deux portes et coiffée d’une couverture qui ressemble à une gigantesque poivrière. Ce moulin aurait été édifié à cet endroit, au commencement du dix-septième siècle, par les frères de la Charité, venus à Paris, vers 1620, sur la demande de Marie de Médicis. Pendant longtemps, il a servi de logement au brigadier des agents préposés à la surveillance du cimetière.

Notons en passant que tous les moulins en maçonnerie sont désignés, sur le plan de Roussel de 1730, sous le nom de tours. » 

 

Des moulins pour des couvents

« Avant l’Observatoire, un moulin montre sa pointe et ses ailes derrière le mur qui longe le clos des Chartreux. Beaucoup de couvents avaient – aussi un moulin – dans leurs jardins : témoin celui du clos Saint-Lazare, au nord de Paris, et celui des Capucins dans le faubourg Saint-Jacques, non loin duquel nous trouvons les moulins des Charbonniers, dans l’enclos de la Charbonnerie, et où, depuis vingt ans, on a bâti la prison de la Santé. En remontant la rue de la Tombe-Issoire, nous rencontrons le moulin de Ficherolle, la tour de la Tombe-Issoire, puis les moulins des Carrières, celui de la Marjolaine, celui du Bel-Air, auquel attient un cabaret, enfin celui de Montsouris. De là on découvre, dans la plaine du Petit-Montrouge, toute parsemée de treuils aux roues gigantesques que font mouvoir les carriers, un autre groupe de moulins : ce sont ceux du Pavé, de la Croix-de-Gord, des Bondons, puis le moulin Neuf, le Petit-Moulin et le moulin Vert. Ce dernier est remplacé maintenant par une guinguette ; il a légué son nom à l’ancien chemin aux Bœufs.

La rue du Moulin-Vert est fort achalandée le dimanche et le lundi. Enfin, tout près de la barrière d’Enfer, il y avait aussi le moulin d’Amour, habité par Fréron le critique, qui n’eut qu’une gloire, celle d’être l’adversaire acharné de Voltaire, et cette gloire l’a tué.

Dans une direction opposée, on aperçoit le moulin de la Pointe de Gentilly, celui de la pointe de Vitry, ceux des Couronnes et de la Fortune, puis le Moulin-Noir sur la Butte-aux-Cailles (3) aux pieds de laquelle le cours infect de la Bièvre fait tourner les aubes de deux moulins à eau, celui des Prés et celui de Croulebarbe. 

Pour terminer, voici dans le lointain les deux moulins de la Salpétrière, célèbres par la galette qu’on allait y manger. Leur souvenir est conservé par le nom d’une barrière, celle des Peux-Moulins, qui se trouvait, avant la Restauration, sur le boulevard de l’Hôpital, en face de la rue du Marché-aux-Chevaux. » 

 

Sources bibliographiques :

 

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