La fabrique de plomb de chasse de la Tour Saint Jacques

La fabrique de plomb de chasse de la Tour Saint Jacques entre 1800 et 1850, en jetant du plomb fondu en haut.

 

Confisquée à la Révolution, en 1793, l’église Saint Jacques la Boucherie est vendue avec son clocher en 1797. Destinée à servir de carrière de pierre, elle est alors détruite. Seul le clocher, que nous appelons aujourd’hui la Tour Saint Jacques, subsista. En effet, dans le contrat de vente, il avait été stipulé que celui-ci devait être conservé.

Il s’agissait alors d’une des plus hautes constructions de Paris, avec ses 54 mètres.

Mais que faire de cet édifice ? Comment l’utiliser ?

Rapidement, au tout début des années 1800, une nouvelle méthode se développa pour fabriquer des plombs de chasse : à l’anglaise !  De quoi s’agit-il ?

Découvrons-le ensemble, en s’appuyant sur des journaux de l’époque.

 

La fabrication des plombs de chasse à l’anglaise

Tout d’abord, à cette époque, on utilisait une première méthode pour fabriquer les plombs de chasse. Pour cela, on jetait dans de l’eau du plomb fondu, préalablement passé dans une sorte de tamis ou un corps filamenteux. Cette étape était indispensable pour former des petites billes. Ensuite, au contact de l’eau, elles refroidissaient rapidement sans changer de taille.

Seulement, voila ! Le plomb à l’intérieur laissait un retrait en refroidissant. Aussi, les plombs ainsi fabriqués perdaient en densité.

 

De leurs côtés, les anglais avaient imaginé une toute autre approche : faire tomber le plomb fondu et passant au travers d’un crible, puis le laisser tomber au sommet d’une très haute tour.

Avec ses 54 mètres de hauteur, la Tour Saint Jacques donna des idées à un fabriquant de plomb qui s’y installa au début des années 1800.

A noter qu’à Clichy, une tour fut également construite pour fabriquer des plombs de chasse.

 

Afin de pouvoir profiter de la hauteur de la tour, on démonta alors tous les niveaux intermédiaires.

 

Les industriels Petit, repreneur de la fabrique en 1824

En 1824, un industriel, dénommé Petit, loue la Tour Saint Jacques pour y continuer la fabrique de plomb de chasse. A cette époque, au pied de la tour et à l’emplacement de l’ancienne église, Saint Jacques la Boucherie, un marché de friperies y accueillait les passants, sous le nom de Cour de Commerce.

 

Cet industriel fit progressivement de la publicité. Ainsi, dans le  Constitutionnel du 24 juillet 1828, une annonce précise que : « Petit frères, fabricants de plomb de chasse, façon anglaise dans la Tour Saint Jacques, ont réuni à leur partie les amorces imperméables pour fusils à piston, en première qualité. »

 

Suite à la Révolution de 1830, les citoyens de la ville de Paris remercient MM. Petit frères, « fabricants de plomb de chasse, propriétaire de la tour Saint Jacques la Boucherie, en reconnaissance de la libéralité avec laquelle il leur a distribué des armes et des minutions. », d’après Le Constitutionnel du 7 août 1830. En guise de remerciement, ils leur donnèrent un drapeau, qui fut hissé en haut de la tour.

 

Une méthode impliquant de nombreux incendies

Toutefois, précipiter du plomb fondu du haut d’une tour n’était pas sans risque. La température du plomb étant à 327,5°C, c’était du feu qui se déversait tout le temps à l’intérieur de la tour. Ensuite, les fours étaient installés tout en haut…

Aussi, le risque d’incendie était très fort. Il arriva d’ailleurs

 

Le premier incendie du 1819

En effet, dans son édition du 6 décembre 1819, le journal le Drapeau blanc écrit : « Samedi, vers une heure du matin, un violent incendie a éclaté à la Tour Saint Jacques, dans l’atelier de M. Moulin, fondeur de plomb de chasse ; les flammes s’élevaient de beaucoup au dessus de la tour. Les sapeurs pompiers sont accourus et ont travaillé pendant quatre heures avec leur zèle ordinaire. » Le journaliste complète : « Le feu a été occasionné  par la mauvaise construction d’un four à chaudière. Aucun accident grave n’a eu lieu. A cinq heures, le feu était entièrement éteint. »

La Tour Saint Jacques en feu devait être impressionnante. Surtout qu’alors, le quartier était très dense, avec beaucoup de maison à proximité.

 

Le second

Un second feu se déclencha en 1824, juste après la reprise par les Petit. Le 30 avril 1824, le Constitutionnel rapporta : « Le feu s’était manifesté dans l’une des petites boutiques en bois du marché Saint Jacques La Boucherie, du côté de la Tour ».

Malgré leurs efforts, les pompiers réussirent à protéger les maisons autour, sans toutefois, empécher la destruction du marché.

 

Quelle fut l’origine du feu ? Un départ dans une des boutiques ? L’activité de la Tour Saint Jacques. En tout état de cause, à l’époque, les journaux ne firent pas le lien entre l’incendie et l’activité de fabrication de plomb de chasse. On fit alors appel à la générosité des parisiens pour aider les familles touchées par l’incendie.

Des années plus tard, quand on voulu chasser la fabrique de plomb de chasse, on lui reprocher d’avoir déclenché deux incendies.

 

 

Le rachat de la Tour Saint Jacques par la Ville de Paris

En 1836, les héritiers Dubois, descendants du particulier qui avait acheté en 1797 la tour, la mirent en vente, ainsi que le marché situé à ses pieds.

Aussitôt, poussée par une volonté de protéger d’anciens monuments parisiens, la ville l’acheta pour 250 000 francs. C’est également à cette date que les thermes de Cluny furent achetés par la municipalité.

 

Que faire de la tour ? Plusieurs projets furent envisagés. Un poste de guet, un phare ?

Rapidement, à la suite du rachat par la ville, le marché Saint Jacques la Boucherie fut détruit, comme le signale le Siècle le 24 juillet 1837. Les autorités municipales souhaitaient en effet « dégager et isoler la magnifique tour gothique que le gouvernement vient d’acheter. »

 

Et comme, pendant qu’on débattait de l’usage à faire pour la tour, la fabrication de plomb de chasse se poursuivait.

 

La fin de la fabrique de plomb de chasse

Il fallut en effet, attendre 1848, que la ville de Paris ne reconduise pas le contrat de louage au fabriquant de plomb de chasse, et que ce dernier quitte les lieux.

En 1847, la municipalité commence à vouloir reprendre la totale jouissance de la  Tour Saint Jacques. En effet, le Siècle du 19 juillet 1847 écrit : « M. de Rambuteau demandait au conseil un crédit spécial pour faire  des distributions et des arrangements afin de continuer la location de la Tour Saint Jacques la Boucherie, où est actuellement établie une fonderie de plombs de chasse ; le conseil a refusé l’allocation, en invitant le préfet à reprendre immédiatement la jouissance de cette propriété communale et à faire rétablir et rapproprier ce monument qui doit s’élever en pyramide dans le prolongement de la rue  de  Rivoli à l’Hôtel de Ville et à la place Baudoyer ».

 

Ainsi prit fin la fabrique de plomb de chasse de la Tour Saint Jacques. On lança quelques années plus tard sa restauration.

 

Jusqu’à début novembre, la Tour Saint Jacques se visite !

A découvrir ici

 

 

Sources bibliographiques :

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