La Tour Saint Jacques

La Tour Saint Jacques, vestige isolé et clocher d’une vieille église de Paris, Saint Jacques de la Boucherie.

 

« Magnifique Tour Saint Jacques », qui « sera complètement dégagée de tous côtés des hideuses baraques qui étaient au pied » ! Entre le rachat de la Tour Saint Jacques par la ville de Paris en 1836 et sa restauration en 1855, les journaux parisiens ne tarissent pas d’éloges sur la Tour Saint Jacques. La considérant comme un chef d’œuvre de l’art gothique, ils se félicitent de sa survie à la Révolution et sa mise en valeur ensuite.

Aujourd’hui encore, nombre de passants s’arrêtent pour l’admirer. Il est d’ailleurs possible de la visiter et profiter ainsi, tout en haut, d’une vue imprenable en plein centre de Paris.

 

Quelle est l’histoire de cette tour qui parait totalement isolée au milieu de son square, à la manière d’un vestige des temps ?

 

La Tour Saint Jacques, un clocher d’une ancienne église : Saint Jacques la Boucherie

Au Moyen Age, cette partie de Paris, entre le Châtelet et les Halles, est très commerçante. On y trouve notamment pendant un temps la Grande Boucherie, sanctuaire des bouchers. Rappelons-nous que les bouchers furent une corporation très puissante : les parisiens mangeaient beaucoup de viande, leur apportant aisance et richesse. En outre, disposant d’armes, à l’intérieur des remparts, ils prirent part à de nombreuses révoltes.

Evidemment, ils participaient aussi à la vie de leur quartier. Ainsi, ils donnèrent leurs noms à sa paroisse, dédiée à Saint Jacques le majeur : Saint Jacques la Boucherie.

 

Dans la première moitié du XVIe siècle, entre 1508 et 1522, on édifia pour cette église, un grand clocher ! Plus de 50 mètres de hauteur, mettant en avant la statue du saint patron de l’église et faisant résonner au loin, les cloches de l’église.

A la Révolution, Saint Jacques la Boucherie fut confisquée comme la plupart des églises parisiennes. On la vendit en 1797 à un particulier pour servir de carrière de pierre. Une seule condition fut fixée dans l’acte de vente : ne pas détruire le clocher !

 

Du clocher à la Tour Saint Jacques

Aussitôt après la vente, Saint Jacques la Boucherie fut détruite. Ainsi, à la veille du XIXe siècle, le clocher se retrouva, tout seul, dépassant la totalité du quartier. En effet, on peut penser que ses 54 mètres, qui en faisait l’un des plus hauts monuments de Paris alors, fit partie des raisons de sa survie.

 

Toutefois, que faire de cette tour ? Comment l’utiliser ?

 

La fabrique de plomb de chasse

Au tout début des années 1800, une nouvelle méthode, venue d’Angleterre, pour fabriquer des plombs de chasse apparut en région parisienne. Il s’agissait de faire tomber du plomb fondu d’une grande hauteur, après l’avoir fait traverser un crible. Cette approche permettait de disposer de plomb de chasse d’une meilleure densité.

En effet, jusqu’alors, on précipitait dans de l’eau le plomb fondu. La matière à l’intérieur se rétractait, diminuant la densité du produit final.

Aussi, on employa cette méthode alors dans la Tour Saint Jacques, tout comme dans une autre tour à Clichy.

Cependant, cette pratique n’était pas sans risque. En effet, entre 1800 et 1847, période d’exploitation de cette fabrique de plomb de chasse, on constata deux incendies. Le premier, en 1819, partit d’un four à chaudière, située tout en haut du monument. Ensuite, en 1824, les maisonnettes du marché Saint Jacques La Boucherie furent totalement détruites par les flammes.

 

Le rachat de la Tour Saint Jacques en 1836

En 1836, la Ville de Paris racheta la Tour Saint Jacques. Cette opération est alors saluée unanimement par la presse.

A cette époque, on évoquait déjà le prolongement de la rue de Rivoli, permettant la liaison entre la Concorde et la place Saint Antoine. Aussi, l’année suivant le rachat, le marché Saint Jacques la Boucherie fut rasé, afin d’isoler dans une place la Tour.

 

Toutefois, que faire du monument ?

Plusieurs pistes furent évoquées : un château d’eau ? Une tour de guet ?  On proposa même de déplacer la Tour pour l’installer dans la place du Châtelet.

Pendant ce temps-là, l’activité de plomb de chasse se poursuivait. Il fallut en effet attendre 1848 pour que la municipalité mette un terme au bail de l’industriel.

 

La restauration de la Tour Saint Jacques en 1855

Au début des années 1850, Haussmann lance la réalisation de la rue de Rivoli. On décide alors de restaurer le monument, sous  la responsabilité des travaux à Théodore Ballut.

Comme il fallait creuser autour pour réaliser la rue  et afin de ne pas endommager l’édifice et ses fondations, on le laissa sur un promontoire. Autour, on y réalisa le premier square de Paris.

 

Au niveau du rez-de-chaussée, on perça les façades pour laisser apparaître les voûtes intérieures. Au centre, on installa une statue de Blaise Pascal, rappelant la conduite d’une expérience sur la pesanteur. De nos jours, on pense que cette expérience fut menée à Saint Jacques du Haut Pas et non à Saint Jacques la Boucherie.

Ensuite, l’architecte revu la décoration, en l’enrichissant au fur et à mesure que l’édifice s’élève. Il fit refaire les statues du sommet (Saint Jacques ainsi que les symboles des évangélistes), tout comme les statues de saints qu’on plaça dans les 19 niches réalisées au XVIe siècle.

Ainsi, en 1855, l’édifice restaura put être inauguré, au plein milieu des festivités de l’Exposition Universelle. Napoléon III tenu à le montrer à la reine Victoria lors de sa visite à Paris.

 

Cette large attention fut utilisée par un magasin de nouveauté qui s’était installé en face. Réalisant des achats en grande quantité, il proposait des opérations de vente avec des prix bas, largement relayé par de la publicité.

 

Par la suite, à partir de 1885, un laboratoire s’installa dans la grande salle de la Tour. Destiné à réaliser des expériences physiques, il se transforma progressivement en station météorologique. La Ville de Paris le reprit en 1895 et le fusionna avec l’Observatoire de Montsouris.

Cette salle, avec cette destination, est encore visible de nos jours, même si elle n’est plus utilisée comme telle.

 

 

L’église Saint Jacques de la Boucherie, une église antérieure à l’an mil et construite progressivement par les bourgeois de Paris

Les origines de cette église ne sont pas connues avec exactitude mais dans sa première version, elle fut construite dans ce qui n’était alors qu’un faubourg où les bouchers, tanneurs devaient vivre en dehors de la cité.

Puis, au cœur de la ville après l’élaboration de l’enceinte de Philippe Auguste, elle fit l’objet d’agrandissements, embellissements grâce aux dons de ses paroissiens : les bouchers, qui lui donnèrent son nom, et qui avait leur grande boucherie à proximité mais aussi les écrivains et changeurs comme Nicolas Flamel (qui y fut enterré).

A noter que le XIXe siècle fut friand des légendes autours de ce célèbre parisien : tantôt bienfaiteur, tantôt sorcier.

Découvrir la Grande Boucherie de Paris, symbole de la puissance des bouchers au Moyen Age

Des cérémonies particulières y avaient lieu lors des grandes fêtes religieuses :

Le jour de Noël, on refaisait le spectacle de l’enfantement de Marie (la Gésine Notre Dame). A la Pentecôte et à Saint Nicolas, on pouvait voir une colombe redescendre de la voûte avec des étoupes enflammées.

 

Jusqu’au règne de Louis XII (1498 – 1515), elle était un lieu de droit d’asile.

Un criminel qui entrait dans l’église pouvait dormir en toute tranquillité dans une chambre au dessus de la voûte. A plusieurs reprises, des sergents étaient venus chercher des personnes ayant réclamés le droit d’asile. Toutefois le parlement avait du se plier aux réactions des prélats de l’époque.

 

Saint Jacques La Boucherie Dessin Garnerey 1784 l
Portail de Saint Jacques de la Boucherie – dessin Garnerey BNF

 

 

 

Visiter la Tour Saint Jacques

39, rue de Rivoli,

M° Chatelet (L1, 4, 7, 11, 14) ou hôtel de Ville (L1, 11)

Bus : Lignes 75 ou 76 arrêt : Hôtel de Ville

 

Jusqu’à début novembre, la Tour Saint Jacques se visite !

A découvrir ici

 

 

Sources bibliographiques :

 

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