Histoire de la vigne à Montmartre

Histoire de la vigne à Montmartre : pendant pratiquement mille ans, on fit du vin sur les hauteurs de Paris !

 

Dans ses Curiosités de Montmartre, Charles Sellier dédie un chapitre complet aux vignes de Montmartre. Même si encore de nos jours, il reste une petite parcelle plantée de ceps sur la butte, cette présence remonte à plusieurs siècles.

 

Traces anciennes dans les archives parisiennes

Autour de l’an mil, Montmartre disposait déjà de son vignoble. Ainsi, comme le signalent les chroniques du chanoine Frodoard, elles sont même victimes d’une catastrophe naturelle. En 994, une tempête s’abat sur les environs de Paris. Elle détruit alors les vignes, qui seront replantées ensuite.

On les retrouve, ensuite, dans les actes de la cession des terrains de Montmartre par Saint Martin des Champs au roi. Ce dernier, suivant la volonté de la reine, souhaitait installer en haut de la butte un monastère. C’est la fondation de Saint Pierre de Montmartre. Quoiqu’il en soit, les vignes font partie des cultures sur les pentes et les futures moniales pourront y trouver des revenus.

Plusieurs textes évoqueront par la suite cette culture dans les lieux, souvent pour préciser les richesses attribuées à des chapelains. Charles Sellier évoque également des baux. Ainsi, en 1373, cinq bourgeois de Paris, Jourdain de Nanteuil, Simon Chest, Simon Tivalare, Linois Parfait et Parrain Bien, reçoivent l’autorisation d’exploiter 7 arpents de vigne à Sacatie, entre la ruelle Beheurdis et la fontaine de la Fausse. Pour chaque arpent, il devait s’acquitter de 12 septiers de vin, même si les vendanges n’étaient pas suffisantes.

 

Les souffrances des guerres

Les vignes de Montmartre eurent aussi à souffrir des différentes périodes difficiles. Ainsi, elles furent confisquées par les anglais entre 1423 et 1427. Au cours du règne de Louis XI, les bourguignons vinrent les ravager avant les vendanges, tout comme les cultures de Clignancourt, la Courtille (Belleville)…

Lors des guerres de religion, le pape Guillaume XIII autorisa le roi Henri III à lever un impôt sur les biens de l’église. Ainsi, les vignes de Montmartre participèrent à la guerre contre les protestants. En effet, pour s’acquitter des impôts, l’abbesse de Saint Pierre de Montmartre dut vendre un demi-arpent de vigne.

En 1815, le vignoble fit les frais de la position en hauteur de Montmartre. Les soldats anglais s’y installèrent, pillant les fruits, avant même la récolte.

 

Le pressoir de l’abbaye

A proximité de l’abbaye, on avait installé un pressoir. Là, venaient les vignerons de Montmartre presser les fruits après la vendange. Il était situé contre la maison du baillage de l’abbaye, accessible à partir de l’impasse du pressoir.

Ainsi, les moniales pouvaient percevoir les impôts et taxes qui leur étaient dus. Certains voulurent s’en affranchir. En effet, au début du XIVe siècle, un fruitier du roi, Roger de Clichy était venu, aidé d’une force armée saisir du marc de raisin, prétextant qu’il provenait de ses vignes. Il fut débouté par le Parlement de Paris, lui ordonnant de s’acquitter de ce dont il devait.

 

Le vignoble de Montmartre au XVIIIe siècle

Grâce aux différents plans établis au XVIIIe siècle, on peut se rendre compte de l’étendu du vignoble à ce siècle. La vigne était bien présente sur le côté nord de la butte, au lieu-dit des Cloys mais aussi longeant la droite du chemin des Bœufs (future rue Marcadet).

On la trouvait également dans l’enclos de l’abbaye.

Elle était aussi largement présente à l’emplacement actuel du square Louise Michel. On y trouvait le Haut Coteau, le Bas Coteau mais aussi la vigne de la Rochefoucauld. La vigne de Montaigu se situait elle à proximité de l’église paroissiale.

 

Le déclin du vignoble

A partir de 1789, du fait du positionnement des lieux, les militaires s’intéressent à la butte Montmartre. Ils réalisèrent des travaux de terrassement pour fortifier les lieux (en 1789 et en 1814). Evidemment, les vignes ne firent pas bon ménage avec ces changements.

Ensuite, avec l’exploitation des carrières de plâtre, le sol devenait de plus en plus instable. Enfin, avec la progression de l’urbanisation des lieux, les dernières vignes durent laisser la place.

 

A la recherche d’un trésor

Au milieu du XIXe siècle, un certain Lécuyer était l’heureux propriétaire d’une petite parcelle plantée de vigne à proximité de la Fontaine du Buc. On pouvait y voir des restes de maçonnerie datant de l’époque romaine. Ces vestiges avaient fait l’objet de réflexions sur leurs origines : fonderie, ruine de therme de villa ? En tout état de cause, notre M. Lécuyer voulut se lancer en tant qu’archéologue… à la recherche de trésor. Il fit tout retourner, détruire les vignes…  Rien n’y resta, notamment les vignes.

 

Sources bibliographiques :

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