Les changeurs

Les changeurs, ou comment une profession d’or qui accueillait que d’abord les parias devient ensuite centrale avec des offices propres

 

Une activité considérée comme suspecte par nature

Au Moyen Age, on ne parlait pas vraiment de changeur pour ces personnes qui proposaient d’échanger les différentes monnaies. En outre, ces personnes, dont l’activité était considérée comme suspecte, étaient décriés comme les juifs ou les Lombards. On leur reprochait régulièrement de réaliser des avances d’argent auprès des ouvriers, en particulier des ouvrières en soie, fileresses, tisserandes, des chapeliers, pour détourner leurs matières premières. Toutefois, selon René de Lespinasse, cette défiance avait plus pour objet de chercher à les interdire en prétextant protéger des honnêtes femmes. 

 

Les changeurs au Pont au Change, accueillant également les exclus des autres communautés d’or et d’argent, mais qui sont réglementés progressivement

Dans la Taille de Paris de 1292, on dénombre tout de même 16 changeurs. Ils étaient installés sur le Pont au Change, disposant des pièces de toutes les provinces du Royaume. Selon les décomptes de l’époque, Paris comptait 205 lombards qui réalisaient change mais surtout usure.

Cette catégorie regroupait également en son sein des orfèvres, billoneurs, argentiers, maîtres des comptes, maîtres des chambres aux deniers, qui n’étaient pas inscrits dans leur propre communauté. Aussi, les changeurs pouvaient recueillir des exclus en quelques sortes.

En 1305, Philippe le Bel accorda le privilège de change à des hommes de confiance en les exemptant de taxes mais en leur plaçant une épée de Damoclès sur la tête : révocable à tout moment.

 

Les changeurs furent réglementés totalement en 1421 par des lettres patentes. Ils furent alors placés sous l’autorité du maître des Monnaies. Trois ans d’apprentissage furent requis. Leur localisation était également très contrôlée : obligation d’être sur le Pont au Change.

 

Les billonneurs, marchands d’or de seconde zone

Les billonneurs étaient des marchands d’or, d’argent et de monnaies. Définis comme tel par le prévôt Audouin Chauveron en 1386, ils étaient en quelques sortes des commerçants d’orfèvreries de seconde zone. A surveiller donc !

Aussi, ils étaient installés rue au Fouarre, à proximité de la rue Saint Denis. Un temps, il fut question de les repousser au marché des Innocents mais ils purent rester à proximité du Pont au Change. Une condition leur fut fixée : se soumettre aux autorités en prêtant serment, ne pas colporter de marchandise et demander l’autorisation pour changer de résidence.

Toutefois, ce contrôle dut disparaître car au XVIIIe siècle, Savary parla des billonneurs comme des marchands illicites d’or et d’argent.

 

La création des offices de change

Les orfèvres furent interdis d’exercer le métier de changeur en 1553. Cette période fut alors marquée par l’agiotage. En effet, les pièces françaises d’or et d’argent devenant plus rare, le royaume fut envahi par des pièces étrangères, d’une valeur plus faibles. Aussi, pour contrecarrer ces pratiques, le métier de change fut alors contrôlé davantage.

Aussi, des offices de change furent installées : 24 pour Paris. Dorénavant le prêt d’argent se faisait sur place publique. En outre, on interdit tous les commerçant illégaux d’or.

 

Les courtiers de change, externes aux contrôles mais qui rentrent progressivement dans le giron des autorités

Paris comptait également des agents de banque ou de change. A l’extérieur du contrôle des autorités, ces courtiers intervenaient en intermédiaires sur la caution de leur propre nom.  

Certains réussirent à s’établir totalement en communauté, comme ce fut le cas des crieurs de vin. D’autres continuèrent leur activité. 

C’est Charles IX qui établit les courtiers en 1572 : courtiers de change, de deniers, de draps, de soies, de chevaux…

Toutefois en 1595, Henri IV établit des offices pour cette activité : 8 à Paris. Ce nombre augmenta à 20 en 1634 et 30 en 1638. 

La profession fut une nouvelle fois réformée en 1705 par Louis XIV qui fit redescendre le nombre à 20. Ces courtiers se réunirent en communauté avec leurs propres statuts en 1710.

 

 

Sources bibliographiques

 

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