La Maison de Saint Roch

La Maison de Saint Roch, un des puissants magasins de nouveautés de la moitié du XIXe siècle rue Saint Honoré

 

Installée aux 298 et 300 de la rue Saint Honoré, en face de l’église Saint Roch et à l’angle de la rue du même nom, la Maison de Saint Roch était un des grands magasins de nouveautés du quartier. Son histoire raconte même celle des magasins de ce type dans cette rue historique, existant très tôt dans le courant des années 1830 et s’achevant dans l’aventure des grands magasins.

 

Un magasin datant des années 1830

Menant historiquement à la porte de Saint Honoré, la rue du même nom a en réalité une ancienneté bien importante dans Paris, se développant au fur et à mesure des avancées de la ville vers l’Ouest, principalement à la fin du Moyen Age et jusqu’à la Révolution. Aussi, il n’était pas surprenant que cette rue soit un centre de développement de magasins d’un nouveau genre dans les années 1830.

Dans son édition du 31 mai 1844, soit dix ans après la création de notre magasin, le Constitutionnel détaille le mouvement : « De toutes les spécialités qui se sont montées à Paris depuis 10 ans, celles pour les toiles et les linges est sans contredit la plus utile, car aucun article n’exige autant que celui-là, de connaissances spéciales et approfondies. La Maison de Saint Roch, la première en ce genre, est la mieux assortie en toiles, linges de table, lingeries, blanc de coton, et tout ce qui concerne les fournitures de maisons, réunis en avantages d’échange et remboursement qui ont toujours existé chez elles, celui d’offrir aux prix les plus modérés, les meilleures qualités de marchandises. Prix marqués en chiffres, envois en province et retours à ses frais. »

Ainsi qu’on peut le lire, notre magasin de nouveautés s’était fait la spécialité de vendre à bas prix des vêtements de toutes sortes, pour la bonne société.

 

Développement des offres commerciales à la Maison Saint Roch

Ainsi que le présente le Journal des débats politiques et littéraires du 11 mai 1844, la Maison de Saint Roch réalisait des fortes opérations commerciales, s’appuyant sur des grandes productions pour un même genre.

« La maison de Saint Roch, rue Saint Honoré, 298 et 300, si bien connue pour ses beaux assortiments de toiles, batistes et lingeries de toutes espèces, vient de traiter plusieurs parties très avantageuses dans ce genre de marchandises, et notamment les Toiles Courtray et Hollande, pour chemises et de Damasses de Saxe, qu’elle vend à des prix auxquels ses grands débouchés et ses relations directes avec la fabrique lui permettent seuls d’arriver. Tous les prix sont marqués en chiffres connus, et l’échange ou le remboursement offert aux personnes qui ne seraient pas satisfaites de leur choix. ».

Grande quantité, promesse de qualité soumise au remboursement et à l’échange, prix fixes… Voici les principales caractéristiques des magasins de nouveautés, en les relayant à fort renfort publicitaire.

 

La promesse de la qualité

Dans le Constitutionnel du 9 avril 1859, la Maison de Saint Roch va plus loin dans sa promesse : « Liquidation de la Maison Saint Roch. Rue Saint Honoré, 298 et 300, au coin de la rue Saint Roch. Cette maison met en vente tout son assortiment en linge de table damassé et offre les avantages suivants : 2 000 services pour 12 couverts valant 95 francs, vendus 45 francs… Enfin une série de services avec nappes d’une largeur exceptionnelle pour 36, 48, 60 et 100 couverts, fabriqués pour fournitures princières, qui seront cédés infiniment au-dessous des prix de fabriques. »

Rien n’est trop beau pour sa clientèle : des biens de princes à prix cassés ! Une forme de consommation élargie est en marche, même si elle s’adresse à une clientèle bourgeoise disposant de moyens.

Elle cherchait tout de même à suivre les habitudes de ses clients :

« En prévision des départs pour la campagne, et dans le but d’activer l’écoulement de ses marchandises, la Maison de Saint Roch a fait confectionner une grande quantité de linge de maison, et est en mesure d’offrir un assortiment considérable en draps de lit, serviettes, torchons, tabliers de toutes qualités à des prix doublement avantageux, puisque la façon n’en est pas comptée. 

Le rayon des trousseaux offre un assortiment considérable en lingerie à des conditions de bon marché surprenant. »

 

De nombreux rayons.

Les nouveautés étaient une véritable spécialité pour cette Maison de Saint Roch. En réalité, elles recouvraient plusieurs spécialités.

On trouvait d’abord les trousseaux et layettes ainsi que le fait ressortir la publicité du Constitutionnel du 20 octobre 1860 : « Trousseaux, layettes et lingeries en tous genres.

La réclame parue dans le Siècle du 11 février 1861 évoque, elle, « La vente de services damassés annoncée par la Maison de Saint Roch, rue Saint Honoré, 298 et 300, [qui] se continue avec succès. ». Le même journal évoque quelques semaines plus tard, le 25 avril, une autre opération avec un rabais à 50%, dans ce même rayon : « Cette importante collection réunit 70 dessins différents dont les échantillons seront constamment tenus à la disposition des personnes qui désireront en prendre connaissance »

 

On y trouvait également un rayon de linge confectionné, dont les avantages sont décrits dans le Moniteur universel du 18 février 1861 : « Le linge confectionné offre les avantages suivants : de connaître exactement le prix de l’article que l’on désire et d’en juger complètement ; d’être certain que les qualités de tissus avec lesquels ce linge est fabriqué sont bien en rapport avec l’usage que l’on en attend ; de pouvoir se procurer immédiatement tout ce dont on peut avoir besoin sans être assujetti aux lenteurs de la confection ; enfin de bénéficier de plus de 20 pour 100 sur sa dépense en profitant des économies que la Maison de Saint Roch réalise en fabriquant par grandes quantités ».

 

Enfin, la Maison de Saint Roch proposait un rayon de chemise sur mesures, ainsi qu’on pouvait le lire dans le Constitutionnel du 27 juillet 1861 « Chemises, caleçons et gilets de flanelle, faits sur mesure. Le rayon de chemiserie de la Maison de Saint Roch est organisé sur les bases les plus larges. Par la réussite de ses articles et la solidité de sa confection il rivalise avec les chemisiers spéciaux de Paris les plus renommés et offre sur ces derniers des avantages incontestables à raison de la qualité de ses tissus et de la modicité de ses prix. »

 

Ainsi, la Presse du 20 février 1865 pouvait annoncer en synthèse : « Trousseaux et layettes. Linge confectionné. Choix considérables de lingeries pour dames, chemises d’hommes, couvertures, flanelles, mouchoirs, toiles et batiste. »

 

Les arguments commerciaux de la Maison de Saint Roch

Dans le Constitutionnel du 14 mai 1860, la Maison de Saint Roch expliquait sans grande modestie : « Aucun établissement ne saurait rivaliser avec la maison de Saint Roch pour le bon marché et la bonne confection du linge. » Elle poursuivait en indiquant que « cet article est spécialement fabriqué par cette maison, qui en fait le principal élément de ces affaires, et par l’importance de sa fabrication, réalise des conditions de bon marché exceptionnelles. »

On pouvait lire dans Le Constitutionnel du 20 octobre 1860 : « Cette maison se recommande par ses belles lingeries, les excellentes formes de ses patrons et la solidité de sa confection. Afin de renseigner les dames sur ses prix, la Maison de Saint Roch tient constamment des prix courants de trousseaux et de layettes. » 

Enfin, la Maison de Saint Roch proposait des envois dans toute la France, franco de port, et se tenait à disposition pour tout devis et transmission d’échantillon. Enfin, elle traduisait sa promesse de remboursement, par la possibilité de lui renvoyer des vêtements qui n’irait pas, au frais du magasin. Les commerçants en ligne n’ont donc pas tant que ça inventer le principe de la vente à distance.

 

Le regroupement dans un nouveau type de commerce : les Magasins Réunis

Dans le Figaro du 21 juin 1866, la Maison de Saint Roch évoque un nouveau type de commerce :

« Afin d’expliquer d’une façon pratique le nouveau système commercial des Magasins réunis et jusqu’à leur installation dans les constructions monumentales qui s’élèvent place du Château d’eau, la Maison de Saint Roch, autorisée spécialement par la Société des Magasins Réunis (dont elle est l’un des adhérents), fait profiter sa clientèle et le public de l’avantage considérable du remboursement des dépenses, c’est-à-dire que chaque acheteur, au moment de son acquisition,  reçoit gratuitement en obligation warrants (obligation hypothécaire), une somme égale à celle qu’il a dépensé, garantie par un grand établissement financier au capital de 200 millions de francs. »

Par une opération commerciale, elle cherchait à faire venir du monde dans son magasin, tout en remettant une notice présentant le système proposé dans ce nouveau format de magasins.

 

Liquidation de la Maison de Saint Roch

Deux années plus tard, alors que le nouveau format de magasin est ouvert, la Maison de Saint Roch annonce sa liquidation pour cause de fin de bail et la dissolution de la société. C’est toutefois, l’occasion à la manière d’un bouquet final d’une grande opération commerciale, ainsi qu’on pouvait le lire dans le Figaro du 12 mars 1868 : « Rabais considérable sur toutes les marchandises : linge confectionné, lingerie pour dames, un grand choix de corsages, parures, bonnets, mouchoirs brodés, jupons brodés et garnis, chemises garnies, modèles riches, vendus avec un grand rabais. »

L’opération est poursuivie avec une hausse du rabais, décrite dans le Siècle du 30 mars :

 « A partir de lundi prochain, le 30 mars, mise en vente avec de nouveaux rabais de toutes les marchandises, se composant de toiles, calicots blancs et écrus, mouchoirs toiles et batistes, linge confectionné en tout genre, lingerie pour dames, articles confectionnés pour trousseaux et layettes, chemises pour hommes, bas, chaussettes. L’extrême bon marché de toutes les marchandises ne permet plus de faire franco les envois en province. Les magasins sont fermés les dimanches et jours de fêtes. »

 

Sources bibliographiques :

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