Les manifestations devant la Statue de la République

Les manifestations devant la Statue de la République : on y venait porter ses revendications et ses positions politiques

 

Impossible de réaliser cette série d’articles sans revenir sur les manifestations qui se déroulèrent devant la Statue de la République. Plus ou moins organisées, plus ou moins calmes comme nous le verrons, elles font pleinement partie de l’histoire du monument. « Nation à République », un itinéraire connu pour les cortèges et les revendications ! Le chemin est bien connu.

Nous aurons cependant l’occasion de découvrir que les raisons de venir devant la Statue de la République étaient pourtant bien variées, au tournant entre le XIXe et le XXe siècle.

 

Janvier 1907 : grandes manifestations pour le repos hebdomadaire

Cette année-là, la Confédération du Travail militait pour le repos hebdomadaire. En face d’elle, le président du Conseil, le célèbre Georges Clémenceau, connu pour sa dureté face aux manifestations. Fidèle à sa réputation, Clémenceau commença par interdire la manifestation que l’organisation syndicale avait prévu de conduire. Il prétexta un incident survenu la veille, lors de l’irruption de manifestant dans les locaux de la chambre syndicale de la Boulangerie.

Les syndicalistes ne désarmèrent pas et utilisèrent la Bourse du Travail, située tout près de la place de la République comme point d’appui. L’Ouest Eclair nous donne le compte rendu suivant, le 21 janvier 1907.

« De nombreuses réunions ont eu lieu, entre autres celle de la Fédération de l’ameublement qui s’est tenue avenue Ledru Rollin et celle des ouvriers boulangers appartenant à la boulangerie communiste « La Fraternelle », qui s’est tenue rue Doudauville. A l’issue de ces deux réunions, les ouvriers se sont rendus à la Bourse du Travail, au nombre de 600 environ, chantant l’Internationale. Ils étaient escortés par les agents. A l’arrivée à la Bourse du Travail, aucune salle n’étant disponible, ils n’ont pu tenir de réunion. »

La Bourse du Travail est rapidement fermée sur ordre du préfet de la Seine.

Dans l’après-midi du 20 janvier, la manifestation se met véritablement en place :

« Place de la République, la foule devient de plus en plus compacte. La troupe afflue de tous côté. L’Internationale fuse au milieu du brouhaha. La place offre bientôt l’aspect des jours révolutionnaires.

A 2 heures 25, au coin de la rue Beaurepaire et de la rue de l’Entrepôt, une colonne de manifestants arrive en chantant l’Internationale »

Cependant, la police était très largement présente : « Aussitôt, les agents surgissent et chargent les manifestants. Des bagarres se produisent. M. Lépine donne l’ordre de charger. La cavalerie disperse les manifestants. Les trottoirs sont noirs de monde.

Au 46 de la rue de Bondy, des manifestants pénètrent. On les expulse et des arrestations sont effectuées. Mais bientôt, les esprits s’échauffent. La foule se fait de plus en plus houleuse. ».

 

« On attend les manifestants »

Ce qui est frappant dans cet épisode du 20 janvier 1907, c’est l’organisation militaire que les autorités avaient déployé sur les lieux. L’Ouest Eclair rapporte en effet :

A 2 heures moins un quart, la physionomie de la place de la République s’anime. Il fait une belle journée de dimanche, ensoleillée. Les promeneurs sont nombreux. De la caserne du Château d’Eau sortent incessamment les troupes qui vont se ranger autour de la place. L’entrée du boulevard Magenta est gardée par des gardes à cheval dont les casques brillent sous le soleil et jettent une note gaie sur le tableau.

Des équipes d’ouvriers de la ville procèdent à l’enlèvement des pavés déposés auprès de la Statue de la République et qui servaient ces jours derniers à la réfection des voies de tramways.

On a craint avec juste raison que cette après-midi, ces projectiles ne devinssent facilement des munitions entre les mains des manifestants. Rapidement, le terre-plein se débarrasse, pour permettre les évolutions de la cavalerie. D’autres ouvriers sablent copieusement la chaussée des carrefours, en face la Bourse du Travail et le boulevard Magenta. On a même fait réduire le nombre de tables tolérées à la terrasse des cafés avoisinants.

Devant la Bourse du Travail, les agents cyclistes se tiennent en permanence. A l’intérieur de l’édifice, la brigade de M. Guichard exerce déjà une active, mais discrète surveillance.

Dès une heure et demie, 300 hommes appartenant au 76e d’infanterie prennent place au pied de la statue de la République. A la caserne du Château d’Eau, se tiennent une compagnie de gardes à pied, un escadron de cuirassiers de l’Ecole militaire, sous les ordres d’un colonel.

Un commissaire de police se tient également en permanence à la caserne du Château d’Eau. Divers officiers de paix ont contribué à l’organisation de ce service d’ordre. »

Comme on le voit, manifester ce jour-là, représentait un véritable risque, avec les affrontements qui s’y déroulèrent.

 

Des anarchistes qui tentent de rendre un hommage aux leurs

Le 1er mai 1891 fut marqué d’une pierre noire pour les anarchistes. Cette année-là, à Fourmies, plusieurs morts furent à déplorer, en raison d’affrontements.

Aussi, certains anarchistes souhaitèrent le 10 mai, de manière non déclarée leur rendre hommage au pied de la Statue de la République. Ils avaient tout de même annoncé leur plan, au travers d’affiches diffusées dans la rue. Pour cette raison, ainsi que l’écrit la Nation du 11 mai, un véritable accueil fut organisé.

« La préfecture de police avait pris des mesures pour que la journée d’hier ne fût pas la réédition de celle du 1er mai.

Un escadron de gardes municipaux était massé dans la cour de la caserne du Château d’Eau et de nombreux agents en tenue ou en bourgeois étaient disséminés sur la place de la République.

Le service d’ordre tout spécial était commandé par M. Maurice, inspecteur divisionnaire de la police municipale, MM. Auger, Tirache, Lauesberg, Chapelle, officiers de paix. Etaient également présents : MM. Trobert et Dresch, commissaire de police, M. Lépine, secrétaire générale de la préfecture et Gaillot, chef de la police municipale, veillaient à l’exécution des mesures d’ordre. »

 

Trois cents personnes avaient tout de même fait le déplacement et attendait les organisateurs.

« A six heures, dix minutes seulement, un fiacre, le n°9,682, s’arrêtait devant la statue de la République.

Les citoyens Morphy et Pemjean en descendaient, portant une assez grande couronne en immortelles jaunes voilée d’un crêpe, sur laquelle se détachait l’inscription suivante : ‘1er mai 1891 – Aux morts de Fourmies.’

Aussitôt, l’officier de paix Tirache se précipita sur la couronne qu’il arracha des mains des deux compagnons anarchistes.

Nous cédons à la force, s’écria le citoyen Morphy. Que le sang des mineurs de Fourmies retombe sur votre tête !

La couronne fut portée à la caserne du Château d’Eau. Morphy et Pemjean la réclamèrent en vain. »

 

Le cortège des étudiants antidreyfusards

En 1898, la France et Paris sont totalement pris dans la crise autour du capitaine Dreyfus. En janvier, Zola lance son célèbre manifeste : « J’accuse ».

Mais cette publication historique lui amène une forte pression. Le 19 janvier 1898, des étudiants manifestent dans Paris en criant : « A mort, le traitre Zola ! A la potence, Zola ! »

L’Univers du 20 janvier nous décrit la scène.

« Cinq cents manifestants, qui se dirigeaient vers le Sénat, ont été refoulés ; ils se sont dirigés, en faisant un grand tour, vers la rive droite, sont arrivés place de la Bastille, et ont pris les grands boulevards.

Chaque fois que s’offre à eux une enseigne portant un nom israélite, ils lancent une protestation. Une seul fois, boulevard du Temple, la glace d’un magasin est brisée ;

Devant la statue de la République, ils entonnent la Marseillaise, et continuent leur chemin jusqu’au carrefour Sébastopol. Là, ils se sont définitivement dispersés. »

 

Lendemain de manifestation à la République

Après les manifestations, intéressons-nous aux périodes de retour au calme. Le Mot d’Ordre du 11 juillet 1893 nous en donne l’occasion.

« La place de la République, toute la soirée, depuis sept heures du matin, a eu son aspect habituel. Ni plus, ni moins de moindre que durant les soirées du Quartier Latin ; ni plus ni moins de monde que durant les soirées qui précédèrent la fermeture de la Bourse du Travail.

Et n’étaient les groupes encore trop nombreux d’agents, nul n’aurait pu croire en cette fin de journée d’hier que la veille, sur cette même place de la République, des gardiens de la paix, sabre au poing, s’étaient rués sur une foule bruyante, avaient blessé, peut-être tué des manifestants.

Sur les bancs, sont assis des familles entières : monsieur, madame et bébés. Monsieur cause avec Madame, les bébés jouent entre eux. Des filles même ont repris leur promenade accoutumée, vont, viennent, en quête du passant facile.

Sur les marches du piédestal de la statue de la République, des vagabonds sont étendus, tout de leur long, dormant, ronflant peut-être.

Avenue de la République, théâtre, avant-hier soir, de sanglantes échauffourée, une jeune femme apprend à monter à bicyclette. Vêtue d’une jupe courte, le corsage largement échancré, elle pédale avec ardeur, tandis que derrière la machine, qu’il maintient d’une main, un jeune homme suit donnant des conseils : « Guidon à droite, crie-t-il, le corps plus en arrière ».

Il en est ainsi partout : boulevard Richard Lenoir, boulevard Voltaire, boulevard du Temple. Les quais sont déserts ; le faubourg du Temple est sans animation. »

 

Sources bibliographiques :

 

 

 

 

 

 

 

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