Les ménétriers

Les ménétriers, la communauté des musiciens, constituée au Moyen Age, qui contrôla toute la musique française, jusqu’à sa mise progressive sous tutelle par les Bourbons

 

Une profession ? Oui ! Un commerce ? Non ! Distinction très sérieuse pour les ménétriers et leur organisation dans Paris.

En effet, les ménétriers, joueurs de musique, disposaient de leur propre confrérie, ainsi que de leurs statuts.

Toutefois, pas de trace du nom dans le Livre des Métiers d’Etienne Boileau au XIIIe siècle ! Mais on y retrouve les jongleurs et les joueurs d’instruments de musique.

En 1292, Paris comptait trois jongleurs, deux joueurs de flûte,  un ménestrel, trois joueurs de trompette. Tous appartenaient à la communauté des jongleurs et des musiciens.

René de Lespinasse dans son histoire des métiers parisiens raconte qu’il se disait au péage du Petit Pont au XIVe siècle : « Se li singes est au joueur, jouer en doit devant le paagier et pour son jeu doit estre quites de toute la chose qu’il achète à son usage. Et ausitot, li jongleur sunt quite pro un ver de chançon. ». Cela implique donc que les joueurs de musique disposaient au Moyen Age d’une exemption d’impôt.

 

Une communauté qui se rassemble au XIVe siècle

Ce privilège fut postérieur aux règlements donnés par Etienne Boileau. En effet, il fut accordé par le prévôt Gilles Haquin, en septembre 1321. Bien sûr l’organisation resta différentes des communautés ouvrières. Mais ces statuts rassemblaient la communauté. A noter que l’apprentissage ne se faisait pas auprès d’un maître, mais à l’usage de taverne en taverne, avant que le couvre feu n’arrive.

Ces statuts furent surtout utiles pour organiser la répartition des chanteurs au cours des noces et des fêtes. Ainsi, ils s’organisaient entre eux pour se donner un ordre de passage et veiller à ce qu’il y ait toujours une distraction jusqu’à la fin. Aucun ne pouvait prendre le pas sur l’autre et rester trop de temps « sur scène ». Aucun intermédiaire pour cette profession qui ne voulait partager les fruits de son labeur.

Paris comptait également à cette époque d’une rue des jongleurs qui fut transformée ensuite en rue des Ménétriers. Jongleurs, ménétriers… plusieurs noms pour une même communauté. La règle voulait que lorsque quelqu’un recherchait un ménétrier, on ne pouvait lui donner aucun nom mais lui conseiller d’aller à la rue des jongleurs pour trouver ce qu’il se faisait de mieux.

Les statuts de 1321 présentent les différentes spécialités de la communauté : trompeurs, tambourineurs, violonistes, organistes, flûtistes… La liste n’était pas exhaustive car on citait comme instruments parmi d’autres également la harpe, le hautbois, le luth…

Chaque ménestrel jouait de plusieurs instruments. On les représentait alors avec une corne, une viole à la ceinture, ou jouant de la flûte avec un tambourin sur l’épaule. Bien sûr, ils pouvaient jouer à plusieurs.

C’était autour du serment que la communauté se regroupait. Trois jurés la contrôlaient et se chargeaient de sanctionner tout manquement avec des amendes de 10 sols, partagées entre le roi et la confrérie.

Contrairement aux autres corporations parisiennes, les ménétriers ouvrirent leurs portes à des membres extérieurs à la ville. « L’art n’a pas de patrie ». Ainsi, ils s’étendirent à l’ensemble du pays.

 

 

L’âge d’or des ménétriers : le XIVe siècle

Proches des rois, ils animaient leur cour à Paris. Certains y étaient attachés et d’autres circulaient de châteaux en châteaux.

Les ménétriers comptaient dans leurs rangs les gueites du Palais et du Châtelet. C’était eux qui se chargeaient des signaux et des appels adressés aux habitants de la ville. Ils disposèrent de leurs propres statuts.

C’est à l’occasion de la captivité de Jean II à Londres (de 1357 à 1359) que le titre de « roi des ménétriers » apparaît. Il restera et sera attaché au chef de la communauté.

 

La musique avait rendue plus douce la captivité de Jean II à Londres. Elle fut aussi utilisée en remède pour la folie de Charles VI. Aussi en 1380, une balade donnée par deux ménétriers Jehan le Sage et Cuillemin, à Vincennes coûta au roi 4 livres et 16 sols.

 

La confrérie de Saint Julien

La confrérie des Ménétriers fut dédiée à Saint Julien. On date son origine à la création d’un hôpital par Jacques Grare et Huet le Lorrain en 1331 rue Saint Martin. Aussi, dans la chapelle associée, les maîtres de la communauté y érigèrent leur confrérie. L’abbaye de Montmartre, qui détenait la censive des lieux, et le roi Philippe VI reconnurent l’initiative, à condition que les ménétriers dotèrent la chapelle d’une rente de 16 livres et de l’ensemble du matériel liturgique nécessaire.

Cette rente fut augmentée à 20 livres tous les ans en 1337.

En 1344, la chapelle Saint Julien fut érigée en patronage laïque et confiée à son propre prêtre. Les règles de séparation avec la paroisse Saint Merry furent alors fixée par l’évêque de Paris.

 

Le début du XVe siècle ou le sacre du roi des ménétriers

En 1407, on fit évoluer légèrement les statuts. Dorénavant, le roi des ménétriers, appelé aussi roi des violons, recevait les aspirants à la maîtrise pour la somme de 20 sols à l’hôpital. C’était lui qui régissait la communauté, donnait les brevets d’apprentissage pour 6 ans, la licence à l’étranger pour jouer dans Paris. Ainsi, personne ne pouvait jouer de la musique pour gagner de l’argent sans disposer de la preuve de l’accord du chef de la communauté.

Il désigna également ses propres jurés.

L’article 7 des statuts de 1407 apporte une innovation dans le Paris du XVe siècle : le ménétrier se devait de faire la quête pour l’hôpital Saint Julien lors des noces et fêtes où il intervenait.

La communauté se poursuivi sur ces recommandations jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

 

Une mise sous tutelle royale progressive à partir de la fin du XVIe siècle

avec une société de musicien

En 1575 apparaît une société des musiciens et compositeurs de musique. Henri III lui donne ses statuts et une confrérie sous le patronage de Sainte Cécile est érigée.

Dorénavant, tous les compositeurs du royaume devaient adresser leur composition à cette société. Bien sûr, voulue par le roi, cette initiative n’avait aucun rapport avec les communautés ouvrières, et notamment celle des ménétriers.

En 1610, dans les métiers qui suivaient la Cour du roi, on augmenta le nombre de joueurs de musiques qui y étaient admis : 8.

le contrôle des prérogatives du roi des Ménétrier, d’abord alléchantes

En 1658, Louis XIV promulgua des statuts organisant les droits du roi des joueurs et maîtres à danser pour toute la France. Dorénavant, tous les maîtres des faubourgs et villes du pays devenaient ses lieutenants. La place était richement dotée car il recevait le tiers des amendes, les droits de réception des maîtrises…

Ce fut lui qui admis les nouveaux maîtres (en échange de 60 livres) et les apprentis (25 livres).

La communauté conserva ses mêmes liens que précédemment. Interdit de jouer dans les cabarets ! Interdit de se faire concurrence !

A cette époque, la danse commence aussi à se structurer : les maîtres de salle la régissent. Mais tout comme les musiciens, ils sont reçus dans la confrérie de Saint Julien. Ainsi, es qualité de membres de la confrérie, ils peuvent dispenser leurs cours et jouer dans les assemblées.

 

La création d’une Académie  de danse

Progressivement musique et danse deviennent arts et leur enseignement s’ouvre au plus grand nombre. Aussi, une académie de danse est installée en 1661.

Une fois par mois, l’assemblée délibère pour organiser l’art et chaque samedi deux maîtres l’enseignent. Cette Académie s’appuyait sur la communauté. Ainsi elle la maîtrisa sans la détruire.

 

La mise sous tutelle de la confrérie, paroisse jusqu’alors indépendante

De son côté, le fonctionnement ancien  de la confrérie de Saint Julien fonctionnait toujours. Aussi, en 1644, les anciens chapelains furent remplacés par des pères de la doctrine chrétienne, acceptée à la condition que les ménétriers pouvaient choisir chaque année un parmi les quatre proposés. 

En 1697, les ménétriers cédèrent le droit de patronage aux syndics héréditaires… au cours d’une assemblée ne regroupant que 16 maîtres sur les 400 membres de la confrérie. Aussi, lorsque les syndics furent supprimés, on argua en 1718 en assemblée de 300 maîtres que les 16 avaient été surpris.

 

L’union des offices des jurés coûta à la communauté 18 000 livres en 1692

Ce fut en 1773 que la charge de roi de violons fut supprimée. En 1776, la communauté fut supprimée, rangée dans les professions libres.

 

Sources bibliographiques

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