Le Paris démoli d’Edouard Fournier

Le Paris disparu d’Edouard Fournier : histoire d’anecdotes mêlant mélancolie et admiration du nouveau Paris.

 

Dés le début des grands travaux d’Haussmann, un historien tout juste arrivé commence à s’intéresser au Paris qu’on transforme alors. Edouard Fournier, en effet, venait pas si loin que ça : Orléans et le Loiret. Né en 1819, cet historien commence à publier des feuilletons littéraires en 1842. Démarre alors une grande production, qui l’occupera jusqu’à sa mort en 1880.

En 1851, Edouard Fournier entre dans Paris. Très vite, il s’intéresse à son histoire. Ainsi, il publie Paris démoli en 1853, puis une histoire de l’éclairage de la ville, les énigmes des rues de Paris, le pont neuf…

En échange avec le blog de Paris Libris, revenons sur le Paris disparu raconté par Edouard Fournier.

 

Au début des années 1850, Paris est devenu un grand chantier, sous l’impulsion du baron Haussmann. Aussi, Edouard Fournier s’intéresse rapidement à ces ruines. Il commence la préface de son livre ainsi : « Depuis un an que ce livre a paru, les ruines se sont tous les jours accumulées davantage dans l’ancien Paris, et tous les jours, la ville nouvelle a continué d’en sortir plus à l’aise et plus superbe. »

 

Le prolongement de la rue de Rivoli et la disparition des vieilles rues et places, un exemple de ce qui se passe dans Paris au début des années 1850

Ainsi, Edouard Fournier raconte le prolongement de la rue de Rivoli notamment. Il décrit ainsi, les nouvelles maisons, « avec leurs façades neuves, leurs appartements bien étagés, élégamment disposés, sainement aérés » remplaçant « les masures insalubres », « les taudis et les gîtes sans nom »… De cette manière, le XIXe siècle, temps du progrès, fait place nette, sur les lieux occupés par ses devanciers.

Il indique que pour se faire, « la grande rue a marché comme un torrent », « renversant ce qui se trouvait devant elle, débordant sur les terrains aux alentours, jetant à bas tout ce qui gênait sa ligne envahissante. » Ainsi, Edouard Fournier décrit les rues qui « sont ainsi tombées ».

Parmi celles-ci, il compte l’histoire de la rue des mauvais garçons. Selon Fournier, à l’époque de François 1er, des criminels, les mauvais garçons auraient trouvé asile dans ce « coupe gorge », retrouvant les filles de joies. Il évoque aussi la disparition de place Saint Jean, qui avait remplacé un cimetière et un marché, mais aussi, la place Baudoyer et la rue Regnault Lefèvre.

 

Des vestiges évoquant des souvenirs remontant aux origines de la ville

Après avoir évoqué les changements opérés pour le percement de la rue de Rivoli, Edouard Fournier écrit : « l’histoire de Paris commence là, tout aussi bien que dans la Cité et sur l’autre rive. » Il rappelle que cet ancien Paris qui disparaît alors contenait des noms et des souvenirs anciens, provenant des origines de la ville.

Il explique ainsi, que la place Baudoyer renvoyait à l’époque romaine. En effet, lors de la guerre des Bagaudes, à la fin de la domination romaine, les paysans de Saint Maur des fossés révoltés s’étaient fortifiés. « Ils faisaient des incursions continuelles » venant souvent devant la porte la plus proche, appelé alors Porta Bagaudarum. Avec les années et les siècles, le nom dériva : Baudéer, Baudier, Baudez, Baudois, Baudayer, Baudoyer…

Edouard Fournier raconte aussi que ce nom avait donné également désigner des gens passant sans occupation les badauds. En effet, il explique que « sur cette place, s’assemblaient tous les oisifs,  tous les jaseurs du quartiers, notamment aux longues soirées d’été, puis le dimanche et les jours de fête. » La place, qu’on appelait alors Baudet, était en quelque sorte « le quartier général des badauds ».

 

La préface de Théophile Gauthier : « Le Paris moderne serait impossible dans le Paris d’autrefois »

Après avoir été publiée pour la première fois en 1853, le Paris démoli d’Edouard Fournier est republié en 1855. Théophile Gauthier fait alors l’honneur à l’auteur de rédiger une préface.

Dans ce texte de quelques pages, Théophile Gauthier revient sur le visage du Paris d’alors : « des profondes tranchées, dont plusieurs sont déjà de magnifiques rues, sillonnent la ville en tous sens. » Gauthier parle lui aussi des « hideuses masures » qui disparaissent et remplacées par « des perspectives nouvelles » et dégageant des monuments.

« Ce bouleversement n’est pas sans beauté ; l’ombre et la lumière se jouent en effet pittoresques sur ces décombres, sur ces accidents de pierres et de poutres tombées au hasard. »

« Sans doute, le penseur sent naître en son âme une mélancolie, en voyant disparaître ces édifices, ces hôtels, ces maisons où les générations précédentes ont vécu. ». Mais Gauthier indique aussi « que de Paris se sont déjà stratifiés l’un sur l’autre depuis Philippe Auguste seulement, s’enfonçant couche par couche au dessous de la croûte où nous vivons aujourd’hui. » « Huit ou dix villes différentes d’aspects et de grandeur ont fondu tour à tour sur la même place, ne laissant que de rares vestiges de leurs existances. »

Ainsi, Gauthier comme Fournier expriment un sentiment de mélancolie, mêlé aux changements que le fil des générations de parisiens implique : « c’est une loi fatale que nul peuple ne peut éviter ». Gauthier évoque aussi qu’on ne peut bâtir à côté, car alors, « que deviendraient ces monuments sans emploi, ces maisons d’un autre âge ? ». Pour lui, « ces nécropoles » « s’écrouleraient d’elles mêmes, car les édifices vivent comme les corps et lorsque l’âme s’en retire, ils s’affaissent et tombent. »

 

Une histoire anecdotique

Continuant avec cette forme d’anecdotes historiques, qu’on retrouve aussi dans ses énigmes des rues de Paris, Edouard Fournier met en avant différents histoires :

  • Le cabinet vert de l’Hôtel de Ville,
  • L’almanach des adresses de Paris,
  • Les logis de l’Amiral Coligny,
  • Le collège Montaigu,
  • Les guichets du Louvre,
  • Boileau Despréaux, maçon du Louvre en 1665,
  • Les demeures de Boileau
  • La Butte saint Roch
  • La Grange Batelière,
  • Les logis de Scarron.

 

Sources bibliographiques

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