La tourmente de neige de 1879

La tourmente de neige de 1879 : la ville fut entièrement blanche et givrée pendant tout le mois de décembre !

 

« Paris sous la neige » « Tourmente de neige ». Les titre du Petit Journal de début décembre 1879 sont clairs et limpides. Mais ce n’est pas comme les épisodes que nous connaissons qui durent quelques heures, voire quelques jours.

En 1879, la neige envahit Paris et ses rues tout au long du mois de décembre.

Tout est gelé ! Tout est sous la neige !

 

 

Une première annonce de tempête

L’été avait été froid ! L’automne était aussi froid ! Aussi, dès la mi-octobre, le climat fait des siennes à Paris. Et la neige menace !

La météo du 19 octobre 1879 annonce une « première bourrasque froide ».

« Les pronostics de froid et de neige que nous avons indiqués dès lundi matin, malgré la magnifique journée de dimanche, se sont malheureusement réalisés.

A Paris, la température n’a pas été jusqu’à présent très mauvaise ; hier matin, cependant, nous avons eu une forte gelée blanche et pendant toute la journée la neige a menacé ; il y a eu quelques averses de pluie neigeuse. »

 

La neige qui s’installe longuement avec le froid

Début décembre, les températures sont glaciales. Et c’est un temps totalement neigeux qui s’installe à Paris, comme l’écrit le Petit Journal du 4 décembre 1879 :

« Le froid a sensiblement augmenté ; et la neige, tombée dimanche, n’est pas près de fondre. La nuit, grâce à la limpidité du ciel, la réverbération de la neige donne une belle clarté »

La tourmente de neige est forte véritablement les jours qui suivent. Tout est envahi.

Le journaliste poursuit, le 7 décembre : « De dix heures du soir à quatre heures du matin, dans la nuit de jeudi à vendredi, la neige, retombant sans interruption et avec plus de violence, que dans la journée, est venue augmenter encore la masse qui couvrait Paris. »

 

Une vie totalement arrêtée

Comme on peut l’imaginer, la neige bloque totalement Paris : « « Oui, la vie normale de Paris est arrêtée ! Plus d’arrivages ; plus de circulation ; plus de commerce ; plus d’industrie ! ».

Aussi rapidement les magasins se retrouvent sans approvisionnement : « dans la plupart des quartiers, aucune fourniture de lait n’a pu être faite ; ce n’est qu’avec des difficultés inouïes qu’un certain nombre de boucheries ont pu être approvisionnées ; les marchands de journaux ont dû également faire attendre longtemps leurs clients. Aux Halles et dans les rues avoisinantes le spectacle était des plus étranges. »

 

Les grandes difficultés du nettoyage

Aussi, en raison du froid qui maintient la neige fondue, voire la consolide et les nouvelles chutes, la voirie est totalement dépassée. On le saura à moins.

« Toute la nuit on a travaillé au déblayement des voies principales ; les directeurs du service n’ont pas quitté les bureaux sommaires installés placé du Carrousel et place Baudoyer ».

 

Les services de la ville embauchent à tour de bras et dans l’urgence : « Tout ouvrier qui se présente muni d’une pelle est aussitôt embauché. Avis aux ouvriers sans ouvrage. Du reste tous les chefs, d’équipe, sur la voie, ont reçu l’autorisation d’embaucher immédiatement tous ceux qui se présentent au prix de 30 centimes de l’heure jusqu’à cinq heures du soir et 60 centimes à partir de cette heure. »

« Un grand nombre de maraîchers et cultivateurs de la banlieue, amenant des voitures et tombereaux, ont été également embauchés. Le contenu est immédiatement jeté à la Seine. »

 

On pare au plus pressé, en privilégiant quelques couloirs dans les grands axes de circulation. Dans les petites rues, les habitants sont livrés à eux-mêmes. La mairie encourage voire oblige à la formation de rigole pour laisser l’eau s’écouler dans les rues au milieu de la neige.

 

Et quelques accidents

Cette situation apporte vite son lot d’accident et d’ennui dans la ville.

« Pas plus qu’hier nous ne pouvons mentionner ni même essayer de mentionner les mille et un accidents qui se sont produits à Paris : chutes, voitures en détresse, etc.

Mais il est une série d’accidents généraux que nous devons indiquer :

La neige a, par son accumulation, un poids énorme ; un grand nombre de vitrages, ont été effondrés ; des maisons, et des monuments en construction sont compromis. A ce propos, un détail intéressant : 17 000 mètres carrés de bâches ont été placés sur les constructions de l’Hôtel-de-Ville. »

C’est ainsi que le toit de l’entrepôt d’une agence de photographie près de la place Cadet. Son contenu fut très vite en danger, notamment une dizaine de milliers de photographies de célébrités utilisées régulièrement par les journaux.

Le marché Saint Martin aussi s’effondra sous le poids de la neige.

 

Des traineaux dans les rues

Dans son édition du 13 décembre 1879, le Petit Journal nous raconte qu’un nouveau mode de transport est à l’œuvre :

« Le nombre des traîneaux a considérablement augmenté depuis hier.

Les Champs-Elysées sont sillonnés d’une grande quantité de ces véhicules élégants et légers »

 

Le journal poursuit le 25 décembre « Aussi voit-on le nombre des traîneaux augmenter chaque jour. Aux Champs-Elysées, nous avons vu de très jolis attelages de chiens. Dans les quartiers excentriques, on applique maintenant le « traînage » au transport de certains matériaux. »

 

Le « caveau des Lapons »

Avec cette situation ubuesque et difficile, il faut bien trouver des choses à faire pour maintenir à flot son commerce. Récit dans le Petit Journal du 17 décembre 1879 :

« Un marchand de vin de la rue de Bièvre a eu l’idée d’amasser la neige tombée autour de son établissement et d’en faire un tas de trois mètres de hauteur et d’une circonférence qui lui a permis de creuser une manière de hutte dans laquelle huit-personnes peuvent prendre place au tour d’une table.

Cette salle, d’un genre nouveau est chauffée et éclairée. Comme complément, le marchand a planté un drapeau au faîte de la hutte et mis sur la porte une enseigne : ‘Au caveau des Lapons’ »

 

Un Paris qui tout à coup se transforme en ville de Scandinavie ou de montagne !

 

Sources bibliographiques :

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