Une chambre des députés dans le noir

Une chambre des députés dans le noir : quand la Seine lors la crue de 1910 perturbe et est au cœur des débats

En ce janvier 1910, la Chambre des Députés n’est pas à la fête. Comme tout Paris, elle doit faire face à la grande crue de la Seine. Bien sûr, elle doit faire face au côté du Gouvernement en attribuant les fonds nécessaires pour les secours. Et au sens pratique, car les caves sont inondées !

Comment continuer à siéger dans ce contexte ?

Revue de presse de l’époque !

Une crue qui commence à se faire sentir dans le Palais Bourbon dés le 22 janvier

La Seine monte depuis déjà 5 jours le 23 janvier. Et les perturbations se multiplient : la ligne entre les gares d’Orsay et Austerlitz est fermée, de nombreuses usines électriques doivent diminuer pour le moins leur activité.

Au Palais Bourbon, on annonce ce matin du 23 janvier dans le Journal des Débats politiques et littéraires la nouvelle suivante :

« A onze heures du soir, le service des pneumatiques reliant le Sénat à la Chambre des Députés et au Journal Officiel, pour la transmission des débats parlementaires, a été interrompu brusquement. »

En effet, l’usine de production d’air comprimée, située sur le quai de la Gare a du cesser son fonctionnement. Inondée ! Impossible dés lors de faire marcher horloges publiques, ascenseurs… et le système de communication entre les Chambres du Parlement.

Mais ce n’est pas tout !

Les caves inondées

Bien sûr la proximité du Palais Bourbon avec la Seine mettait en risque le bâtiment en cas de crue. Aussi, dans son édition du 25 janvier 1910, le Radical rapporte :

« L’inondation n’a pas épargné le Palais Bourbon. Par suite de la crue des eaux, les caves du palais où sont installées les machines productrices d’électricité n’ont pas tardé à être submergées. »

Les conséquences se firent vite sentir dans tout le bâtiment :

« Afin de permettre à la Chambre de siéger, il a fallu prendre des mesures immédiates. La salle des séances est éclairée, on le sait, à la lumière électrique par un plafond lumineux. Hier, le gaz a dû être substitué à l’électricité et c’est dans une demi-clarté, une clarté pâle et blafarde qui s’épandait sur l’hémicycle, que la Chambre a délibéré. »

Alors, on du bricoler !

Dans les tribunes de la presse, on avait disposé derrière chaque colonne de petites lampes à pétrole, à la lueur faible et insuffisante, qui répandait une forte odeur très désagréable. Quant aux galeries du public, on les avait laissées dans l’obscurité.

Comme depuis bien longtemps, les couloirs et toutes les dépendances du palais n’ont plus d’appareil à gaz, on avait dû recourir à un éclairage de fortune et rien n’était aussi pittoresque et aussi lamentable que de voir la salle des pas perdus éclairée à peine, moitié par un restant d’électricité provenant d’accumulateurs, moitié par d’anciennes lampes à huile datant de l’Assemblée nationale et que l’on avait transformées en lampe à pétrole.

Une activité intense dans les couloirs

« D’ailleurs, malgré cette insuffisance de lumière, le salon de la paix n’en a pas moins été animé pendant toute l’après-midi. Dans cette demi-obscurité des groupes se sont formés où l’on s’entretient de la catastrophe qui désole à cette heure près de la moitié de la France. Les bruits les plus alarmants ont libre cours. On annonce, vers trois heures, que les eaux de la Seine ont emporté le pont d’Iéna et que des ordres ont été donnés pour faire sauter le pont de l’Alma. Des députés et des journalistes quittent précipitamment le Palais Bourbon pour se rendre en toute hâte sur les lieux de la prétendue catastrophe, mais on apprend bientôt que ces bruits sont totalement inexacts.

Cependant, dans les couloirs de la Chambre, la lumière électrique devient de plus en plus faible : les dynamos sont entièrement envahies par les eaux. Les calorifères, eux aussi, ne sont pas épargnés. Le chauffage est dès lors arrêté : la salle des pas perdus et les couloirs de la Chambre ne sont plus maintenant qu’une immense glacière. La situation est lamentable. Mais ce n’est pas tout, voici que vers six heures du soir, le Palais Bourbon est tout à coup dans un isolement absolu : les communications téléphoniques et télégraphiques sont interrompues. On doit organiser à la hâte un service de télégraphistes qui apportent tous les télégrammes de la Chambre au bureau central. »

L’optimisme n’était pas de mise toutefois

Si, comme on le redoutait hier soir, la canalisation du gaz venait être coupée, on se demande comment la Chambre pourrait continuer à siéger. »

Des décisions importantes à prendre pour la gestion des secours

Comme on peut se douter, avec des inondations qui touchaient fortement Paris, mais aussi de nombreuses régions, le Gouvernement se trouvait en première ligne… avec l’aide des députés.

Tout d’abord, ils furent mis à contribution pour voter des crédits afin d’aider les secours, comme le témoigne la Lanterne dans son édition du 24 janvier :

« Le Conseil a décidé de demandé lundi, aux Chambres, un crédit de deux millions destinés à secourir immédiatement les sinistrés. »

Ensuite, les députés, notamment ceux de Paris, sont mobilisé dans la gestion de la crise. Le 26 janvier 1910, la Petite République publie :

« Les députés de Paris et du département de la Seine sont convoqués pour cet après midi, deux heures et demie au Palais Bourbon, afin d’examiner les mesures à prendre à l’occasion des inondations.

M. Allemane a déposé hier sur le bureau de la Chambre une proposition de loi ayant pour but de reporter à la fin février la date des échéances de fin janvier.

Il déposera aujourd’hui une autre proposition tendant à ce qui les salles et locaux municipaux soient, en cas de nécessité, mis à la disposition des sinistrés. »

Une période donc très remplie mais avec la même incertitude que tous les riverains de la Seine : ca devient compliqué, mais ça passe encore… que va-t-il se passer si la crue continue ? Et pourtant le 26 janvier, la Seine continuait à monter…

Sources bibliographiques :

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