L’inondation du Nord Sud en janvier 1910

L’inondation du Nord Sud : quand la Seine envahit les travaux de la ligne 8 du métropolitain en janvier 1910.

Commencés en 1908, les travaux de la ligne 8 du métro, alors désignée comme la ligne Nord Sud, accumulaient de malchance.

En effet, comme le rapporte le Petit Parisien du 22 janvier 1910, le tunnel en construction avait été inondé au niveau de la place de la Concorde dés 1908, à la suite d’un éboulement.

Ensuite, en septembre 1909, sous la pression des eaux diluviennes tombées au cours d’un orage particulièrement puissant, le tunnel fut inondé du côté de la rue Saint Lazare, provoquant un effondrement de la chaussé.

Voici qu’en janvier 1910, dés les premiers jours de la grande crue centennale, le tunnel est un nouvelle fois sous les eaux

Une inondation au niveau de la future station Assemblée nationale.

En janvier 1910, les travaux étaient pourtant bien avancés au niveau de la station Assemblée nationale. On avait enlevé les boisages, posé les rails… Seul l’escalier pour accéder à la gare restait à être finalisé. Pourtant, on avait bien avancé : « bétonnage et les maçonneries sont achevés » comme l’atteste le Petit Parisien du 22 janvier 1910.

Cependant, un accident horrible eut lieu le 21 janvier 1910, comme le rapportèrent les journaux dés le lendemain. Ainsi, le Petit Parisien écrivit :  

« Vers six heures et demie, alors que quelques ouvriers puisatiers mineurs, seulement, et les veilleurs de nuit se trouvaient dans les chantiers, un bruit sourd que l’écho répercuta plus formidable, se fit entendre dans les profondeurs des galeries. »

Le journaliste poursuivit :

« Les parois de l’égout de la rue de l’Université s’étaient crevées. Une brèche énorme s’ouvrait par où les eaux s’échappaient… Elles ruisselaient en cascades, jaunes et boueuses, violentes, entraînant avec elles la maçonnerie des parois et les boisages de l’escalier de la future gare. D’instant en instant, elles élargissaient l’ouverture, et le terrain coulait, disparaissait. »

La suite fut logique et dévastatrice :

« Les galeries furent bientôt inondées, changées en torrent. Les eaux, pressées entre les quais, couraient, rapides, tumultueuses, roulant avec elles des madriers, des planches, des matériaux de toutes sortes. Avec fracas, elles heurtaient les lourdes charpentes, battaient avec colère les murs des galeries, se bousculaient impétueusement et allaient se perdre là-bas, dans le noir. »

L’inondation causée par la rupture d’une canalisation d’un égout à proximité

Grâce aux explications du Petit Journal, nous pouvons en savoir un peu plus sur ce qui s’était passé. Pour cela, réintéressons nous au fameux escalier qui devait conduire à la station du métro, avec le journaliste du Petit Parisien.

« Appuyée contre les parois même de l’escalier et courant le long de la rue de l’Université, est une conduite d’égout, dérivative du collecteur de la Bièvre. Les eaux vont se déverser non loin de là, à quelques cinquante mètres, en amont du pont de la Concorde où elles se perdent dans le siphon de Clichy.

Lorsqu’ils détournèrent cet égout, les ingénieurs de la Compagnie Nord Sud, mirent tous leurs soins aux travaux de structure et ne négligèrent rien qui pût en compromettre la solidité. Mais qui peut prévoir ? »

Aussi, avec la montée des eaux de la Seine, la pression dans l’égout devint de plus en forte :

« La crue rapide de la Seine avait amené un envahissement du déversoir de l’égout, au pont de la Concorde. Les eaux avaient bientôt recouvert l’ouverture de ce déversoir. Elles s’y étaient engagées et pressées, refoulées toujours, avaient remonté le collecteur.

Alors, sous la pression des eaux accumulées, le radier de l’égout s’était crevé dans sa partie la plus faible, là où il ne s’appuyait sur rien, où rien ne le soutenait, à l’endroit même du boulevard Saint Germain, où un éboulement s’était produit les jours derniers. »

Le Petit Journal compléta également la description :

« Pour permettre les travaux du Nord Sud d’être continués sans danger, on avait il y a quelques temps, élevé un barrage en maçonnerie pour détourner un égout qui passait exactement à cet endroit. Les eaux affluant de toutes parts exercèrent une pression formidable sur le barrage qui creva. »

L’effondrement de la chaussée dans le boulevard Saint Germain

La déflagration eut également des conséquences fâcheuses en surface, comme l’atteste le Petit Parisien.

« La chaussée de la rue de l’Université s’affaissa et une masse de terre énorme, glissa dans le sous-sol. Un trou s’ouvrait, large, béant, à l’extrémité du chantier. »

Aussi, rapidement, la circulation fut interdite dans cette zone, tant aux piétons qu’aux voitures.

Les arbres penchaient déjà. Même si les autorités pensaient que les maisons étaient hors de danger elles-mêmes, les arbres risquaient de s’effondrer et d’abimer les façades.

Les tramways furent rapidement détournés, vers la rue de Solférino pour ne pas risquer de provoquer des accidents plus dommageables.

Tentative d’arrêter la montée des eaux…

Même si les eaux étaient très puissantes, on ne pouvait rester sans rien faire, face à cette situation si critique. Aussi, le Petit Journal du 22 janvier décrit les premières tentatives d’action :

« Nous avons pu également, près du pont de la Concorde, examiner l’entrée du grand collecteur, ainsi que le siphon. L’eau passe là, avec violence d’un torrent. Les escaliers sont envahis, les couloirs presque inaccessibles. Les égoutiers ne peuvent avancer qu’avec les plus grandes précautions.

A l’entrée du siphon, un véritable tourbillon s’est produit, dans lequel roulent des débris de toutes sortes.

Un scaphandrier est descendu, à cinq heures du soir, à l’entrée du tube qui passe sous la Seine, afin de pratiquer une chasse d’eau. Les résultats de cette manœuvre n’ont pas été très sensibles.

Les travaux vont continuer toute la nuit. On craint un fléchissement partiel de la partie interdite du boulevard Saint Germain. Si la crue augmente pendant la nuit, le danger deviendra très grand. »

L’heure n’était pas vraiment à l’optimisme : « L’eau montait avec une rapidité effrayante. » 

Et pendant ce temps les eaux inondaient toute la galerie du métro

Avec le journaliste du Petit Journal, revenons près de la future station où avait démarré la déflagration.

« On voit, à plusieurs mètres de profondeur, l’eau tomber en cataracte dans les galeries. Le bruit est assourdissant. Des débris de toutes sortes, planches, madriers passent en tourbillonnant.

On devine toute la violence de cette chute. Toute tentative est inutile. »

Bien sûr, l’eau ne s’arrêta pas au quai de la station !

« L’eau s’avança, hier matin, jusqu’aux chantiers de la place de la Madeleine.

Surpris par l’arrivée de l’eau, les ouvriers n’eurent que le temps de fuir. Certains même ont perdu leurs vêtements et leurs instruments de travail.

L’eau, continuant sa course, arriva, vers dix heures du soir, jusqu’à la place de la Trinité. »

Pour l’heure, l’inondation s’étendait de la gare Montparnasse à la Trinité. Aussi, comme les tunnels étaient maçonnés, on n’était pas encore très inquiet des conséquences. Seule la partie proche de Saint Lazare présentait des risques ! Aussi, on interdit alors la circulation de lourdes voitures au-dessus.  

Ce ne fut que le 22 janvier, qu’on réussit à arrêter l’entrée d’eau dans le souterrain. Au total, on estima que 60 000 mètres cubes d’eau attendaient là d’être pompées, dés lors que la Seine aurait diminuée de volume…

Affaires à suivre alors, en ce 22 janvier 1910 ! Les parisiens n’étaient malheureusement pas au bout de leurs peines.

Sources bibliographiques :

Le Petit Journal du 22 janvier 1910

Le Petit Parisien du 22 janvier 1910

La Lanterne du 23 janvier 1910 

Le Figaro du 23 janvier 1910

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