L’égout médiéval du Marais

L’égout médiéval du Marais : une rivière souterraine où les eaux claires furent remplacées par les immondices

Dans le vieux français, le terme d’égout renvoyait aux eaux claires. En effet, pour les parisiens du début du Moyen Age, l’aigou était un ruisseau bien propre. Ainsi, on désigna un ruisseau qui circulait la rive droite de Paris, dans le Marais. Mais bon, avec le temps, le mot changea d’orthographe pour devenir égout. Puis, le ruisseau lui aussi, changea, se chargeant des immondes apportées par les eaux coulant dans les rues.

Voici l’histoire de l’égout médiéval du Marais, la rivière souterraine de Paris comme le raconte Edouard Fournier dans ses énigmes des rues de Paris !

Un ruisseau formé par les eaux venues des collines en hauteur de Paris

Hier comme aujourd’hui, Paris se situe dans le contrebas de plusieurs collines. De ce fait, les ruisseaux qui provenaient de ces buttes, se déversaient ici pour rejoindre la Seine.

Ainsi, dans le Marais, se retrouvaient les eaux venues de Montmartre bien sûr, mais également Belleville, le Pré Saint Gervais et de Ménilmontant.

Ces ruisseaux étaient souvent très peu denses. De ce fait, ils n’avaient pu creuser leur propre lit. En revanche, en hiver, quand il pleuvait plus fortement, ces ruisseaux apparaissaient. Alors, ils s’éparpillaient dans la plaine, formant dans la Grange Batelière un véritable marécage.

Au début du Moyen Age, on voulut commencer à les dompter. Cela permettait bien sûr d’essayer de les canaliser, mais aussi d’organiser les cultures dans cette plaine située au nord de Paris.

C’est ainsi que les religieux de l’Hôpital Saint Gervais, dont les terrains s’étendaient largement au nord de Paris, également au-delà de Belleville et jusqu’à Romainville. Aussi, ils profitèrent des trop plein des pluies sur les collines pour leurs cultures. Une des rues du Marais, la rue de la culture Saint Gervais en garde le souvenir.

Ce détournement allait pratiquement jusque dans Paris, alors entourée par la muraille de Philippe Auguste.

Le détournement du ruisseau pour permettre la construction de la ville au XIVe siècle

De ce fait, au XIVe siècle, lorsqu’on construisit la muraille de Charles V, on détourna ces eaux, qui allaient alors à l’intérieur de la ville.

Elles permirent ainsi d’alimenter les fossés qui entouraient l’enceinte, allant d’abord vers la Bastille. En effet, cet apport d’eau était bienvenu pour les douves qui entourait la forteresse. Ainsi, les eaux des hauteurs complétaient celles du bassin de l’Arsenal, alimenté par la Seine.

Mais, avec le développement de la ville, cette eau se transforma en véritable égout ! Ici, toutes les saletés des rues la rejoignaient.

Les deux branches du ruisseau

La rivière formée par les canalisations de Saint Gervais fut partagée en deux branches, toute deux se déversant tout d’abord dans la cunette de la Bastille.

La première, après avoir traversée en totalité les douves, partait dans un passage passant sous la porte Saint Antoine. Elle suivait alors la rue Saint Antoine, puis au moyen d’un crochet vers la gauche, soit le sud, elle allait se perdre dans la Seine, à côté d’un bois qu’on appelait le Pont Perrin.

La seconde branche se séparait de la première au moment où elle faisait son détour vers la Seine. Elle prenait alors la direction opposée, vers la droite ou le nord. Ici, elle se faufilait parmi les jardins et les ruelles vertes qui composaient ce Paris du XIVe siècle.

Au fur et à mesure que les maisons et les hôtels particuliers se construisaient notre rivière perdait de son espace. Ainsi, alors que les eaux claires avaient pu jusqu’alors traverser les jardins, elles devenaient, avec le temps, de plus en plus souillées. En effet, elles recevaient de plus en plus les déchets de cette ville grandissante. Il faut dire qu’au fil de son parcours, les ruisseaux des rues, ces eaux sales qui couraient au centre des ruelles, apportant avec elles leurs boues.

Pour disposer de suffisamment d’eau, on obstrua la première branche de la rivière, qui allait se perdre dans le Pont Perrin. Ainsi, on espéra récupérer davantage d’eau. Cette opération fut réalisée en 1412, au moment où on finissait la construction de l’Hôtel Saint Pol. Le roi voulait aussi utiliser le terrain parcouru par le ruisseau du Pont Perrin pour y installer les jardins et les dépendances du palais.

Trajet du ruisseau à travers la ville

Quand on construisit l’Hôtel des Tournelles, on commença à recouvrir la partie de la rivière qui courrait le long de la rue Saint Antoine, le long des murs de ces bâtiments.

L’eau continuait ensuite, suivant globalement la direction de la rue de Turenne, avant de rejoindre ensuite l’enclos du Temple. Un peu avant de se retrouver dans les fossés de l’enclos, les eaux recevaient l’apport d’infiltration qui faisaient surface ici.

Pour passer la rue du Temple, l’eau faisait ensuite un coude sous terre, dans un canal maçonné. La rivière recevait là les eaux du ruisseau de Ménilmontant et ressortant un peu loin pour retrouver l’air libre. Ainsi, l’eau pouvait suivre un tracé parallèle à la rue du Vertbois, derrière le couvant de Saint Martin des Champs. La rue Notre Dame de Nazareth garde le souvenir de ce chemin où se faufilait autrefois l’eau.

Au moment d’arriver au niveau de la rue Saint Martin, les eaux partaient de nouveau sous terre pour continuer vers l’ouest.

Une fois encore, juste après la rue, la rivière ressortait pour poursuivre son cours à ciel ouvert. La rue du Ponceau, donnant sur la rue Saint Denis et parallèle à la rue Réaumur garde elle le souvenir de cet ancien tracé. Ensuite, de nouveau, les eaux retrouvent un canal souterrain pour passer sous la rue Saint Denis. Elles ne retrouvaient le jour dans une ruelle qu’on appela rue du Bout du Monde, en continuité de la rue Saint Sauveur, afin de croiser la rue Montmartre. Ici, la rivière récupérait l’eau venue des Halles et qui passait sous terre. La rivière pouvait alors rejoindre les fossés de la porte Montmartre.

Renforcée par les eaux venues de la Butte Saint Roch, mais aussi de Montmartre et de la Grange Batelière, elle continuait dans son trajet correspondant au tracé de la rue de Provence.

Elle ne finissait par se jeter dans la Seine au niveau des Champs Elysées, à la hauteur de l’île des Cygnes.

Aménagements de l’égout médiéval pour lutter contre ses effets si nuisibles

Au XVIIe siècle, on commença à faire partiellement vouter le trajet à ciel ouvert dans Paris. Ainsi, en 1606, le prévôt des marchands, François Miron fit recouvrir l’espace entre les rues Saint Martin et Saint Denis. Ce fut le tour de la rue du Bout du Monde en 1609, en amont de la rue Montmartre.

Les travaux cessèrent cependant.

Lorsqu’il pleuvait, l’égout pouvait sortir de son lit. Ainsi, après un fort orage de 1667, les eaux de l’égout refluèrent, allant dans les caves, les boutiques, ainsi que les salles basses à proximité du quartier du Temple. On raconta que la fille d’un marchand de vin fut emportée par les eaux surgissant dans l’escalier conduisant à la cave de son cabaret. Elle s’y noya.

En 1715, pour lutter contre cet égout à ciel ouvert, on détourna les eaux venant de la rue Vieille du Temple pour les emporter jusqu’au fossé de la rue du Calvaire.  

Cependant, cette ouverture causa un grand mal comme le disait Fournier. En effet, les jours de fortes pluies, ces eaux sales se déversaient via la Bastille dans la Seine, en amont de son passage dans Paris. De fait, la pompe du Pont Notre Dame fut contaminée.

L’enfouissement de l’égout au XVIIIe siècle

Afin de régler cette situation critique, on décida dans les années 1730 de ne plus laisser libre court à cette rivière qui circulait dans Paris. Ainsi, entre 1737 et 1740, l’égout fut nivelé. L’objectif était de mieux maîtriser l’écoulement de ces eaux bien sales. On en profita pour y drainer des sources proches de son passage, pour essayer de la nettoyer.

Dans tous les quartiers habités que l’égout traversaient, le ruisseau était voûté. En revanche, on ne le fit pas dans les espaces ouverts, au niveau du quartier des Champs Elysées, alors encore totalement en friche et cultivé.

Sources bibliographiques

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