Le récit des carrières à plâtre par Charles Sellier

Le récit des carrières à plâtre par Charles Sellier : la poudre qui avait blanchit Paris pendant des siècles.

 

En 1893, Charles Sellier publie, en trois volumes, ses curiosités du Vieux Montmartre. Il s’agit en réalité de la compilation d’articles que Charles Sellier avait rédigé pour les numéros de l’Aurore du XVIIIe siècle entre le 4 février et le 1er avril 1893.

Le premier volume est consacré aux carrières à plâtre de Montmartre. En effet, on pense bien volontiers à la butte aux charmes bucoliques et désuets, à ses peintres et ses moulins. Toutefois, comme Charles Sellier nous le rappelle, elle fut l’objet d’une intense activité industrielle au début du XIXe siècle.

 

Le plâtre, un symbole de la ville de Paris

Au cours du Moyen Age, on désignait Paris comme la ville blanche. Cette caractéristique ne provenait pas de l’éclat de sa lumière, mais du plâtre qu’on y produisait. En réalité, c’était dans le sous-sol de la butte Montmartre qu’on extrayait la précieuse pierre, le gypse, qu’on transformait pour faire du plâtre.

Paris était réputée à la fois pour sa matière première et la transformation que proposaient les plâtriers. Ces derniers formaient une véritable communauté, avec ses statuts et sa corporation. On exportait la précieuse marchandise, dans les villes du bassin de la Seine, mais aussi plus loin.

Pour l’Abbaye de Montmartre, suzeraine des lieux, c’était une véritable source de richesse, dont elle profita tout au long de son existence, depuis le Moyen Age jusqu’à la Révolution française.

Au XVIIIe siècle, les carrières sont très nombreuses. On utilise le plâtre pour aménager les hôtels particuliers parisiens. Après 1793 et la confiscation des biens de l’Eglise, le cloître de l’Abbaye de Montmartre est repris par un plâtrier. L’extraction dans les carrières reprend de plus belle. La demande est toujours plus forte, portée par l’agrandissement de la ville. Mais on ne prend plus garde à la sécurité. Le sol tremble. Des édifices comme des moulins s’effondrent dans des cavités.

Alors même qu’il n’y avait plus de pierre à plâtre dans les sous-sols, il faut s’affaire pour sécuriser l’ensemble dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il y a urgence : l’urbanisation de la butte s’accélère. Paris grandit et engloutit son passé.

 

L’approche scientifique de Sellier

Charles Sellier écrit en véritable historien de son temps. Il s’intéresse à l’histoire d’un lien, approfondissant les sujets, passant ses heures dans les archives ou à lire des ouvrages plus ou moins anciens.

En bon adepte de l’histoire scientifique et positiviste, il cherche des preuves dans les archives pour ce qu’il démontre. Aussi, il n’hésite pas à interroger les idées d’autres historiens de son temps. Son récit commence dont pas une remise en cause d’une thèse d’Edouard Fournier sur l’étendue des carrières de plâtre dans le passé. Certes l’auteur du Paris démoli met bien en avant les carrières de Montmartre et de Belleville, il se trompe en pensant que les rues faisant référence au plâtre dans le Marais étaient une preuve d’existence de carrière dans l’endroit. Charles Sellier corrige l’erreur en indiquant que cette toponymie évoque davantage la présence d’habitations de plâtrier.

Un peu plus loin dans son récit, Charles Sellier s’appuie sur des travaux de géologues et de cartographes pour montrer que seules les collines comme la butte Montmartre disposaient de ce gypse.

 

Une histoire sociale sur une longue durée

Nous sommes en 1893. Les historiens fondateurs de l’Ecole des Annales sont encore trop jeunes pour s’intéresser à la recherche historique.

Toutefois, Charles Sellier présente un véritable intérêt pour se plonger dans une certaine durée pour son propos. Aussi, il met en avant l’importance des plâtriers et des carrières du Moyen Age. C’est ainsi qu’il évoque le surnom de Paris, la Ville Blanche.

Il mêle aussi les représentations du plâtre dans les arts et les lettres, en commentant des vers en latin, en évoquant Régnard.

Il décrit également les carrières telles qu’il peut les lire dans les travaux cartographiques du XVIIIe siècle. Le XIXe siècle et ses nombreuses archives lui offrent la possibilité de décrire encore plus en avant l’activité d’extractions de la pierre et ses conséquences sur la stabilité du sol.

Ensuite, il évoque les superstitions autour de ces carrières, de l’asile qu’elle offre aux vagabonds et insurgés, mais aussi aux sorciers. Il renvoie à l’activité de prière et de pénitence mise en avant par les Jésuites.

Enfin, il aime manier des éléments d’une histoire marquée par des grands événements comme la traque de Marat en 1789, celle des insurgés en 1848.

 

Les sources reprises par Charles Sellier

En bon historien scientifique, Charles Sellier nous met à disposition une véritable bibliographie.

Aussi, il utilise abondamment les auteurs d’écrits historique de référence à Paris, du XVIIe siècle, comme Henri Sauval, du Breul, Leboeuf et de la Mare.

Mais il complète aussi avec des connaissances construites au XIXe siècle. Il s’intéresse ainsi au sujet des carrières avec L Simonin (chapitre sur les carriers et les carrières publié dans le Paris Guide de 1868), Maury (La Terre et l’Homme), Hoefer et son histoire de la Chimie) et Hippolyte Hageau (Rapport sur les carrières de Montmartre de 1837), Dunkel (Topographie et consolidation des carrières sous Paris en 1885).

Il utilise comme on peut l’imaginer aussi les ouvrages sur Montmartre, comme l’histoire de Cheronnet.

En outre, pour appuyer une partie de ses propos, il reprend l’oraison funèbre de Marat dite par Guiraud en 1793, ainsi qu’une étude d’Alfred Sensier sur Georges Michel. Ce dernier fut un peintre montmartrois qui laissa des représentations de ces carrières.

Enfin, il n’hésite pas à se citer lui-même avec son article Montmartre Volcan publié dans le Mot d’Ordre du 17 juin 1887

 

Alors finissons cet article par les mêmes derniers mots que Charles Sellier avait retenu. Avec le temps et l’exploitation des carrières, la pierre blanche est partie, comme fondue.

« Mais où sont les neiges d’antan ! »

 

Sources bibliographiques :

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