Les boutiques du pont neuf

Les boutiques du pont neuf furent les vestiges d’une longue activité commerciale populaire, de 1600 à 1850…

 

Un pont sans maison ! Oui mais pas sans boutiques. De son inauguration au début du XVIIe siècle jusqu’au moins le milieu du XIXe siècle, le pont neuf était un vaste marché à ciel ouvert, comme de nombreuses artères de Paris. 

 

Imaginez le long des parapets les nombreux étalages. Revoyez les crieurs arpenter le pont pour proposer aux passants leurs nombreuses marchandises. 

On avait également construit des véritables boutiques sur les piliers du pont. En effet, au dessus des piles, on avait aménagé des demi-tour donnant au pont une ambiance de château fort de l’extérieur. Sur ces emplacements, on construisit dés l’origine des boutiques, avec même des caves dans la pile…

 

Les nombreuses boutiques du pont neuf populaire :

Dés sa construction, le pont neuf fut un espace rapidement colonisé par les parisiens qui y firent un véritable lieu de vie populaire

Sur le pont neuf, s’étaient installés, une grande variété de marchands : vendeurs d’allumettes, arracheurs de dents, crieurs de mort aux rats, vendeurs d’herbe… Bref des activités commerciales de tous les jours pour les bourgeois parisiens.

On y trouvait également de nombreux brigands, à l’instar des mendiants irlandais célèbres qui s’y étaient installés dans les années 1590, fuyant les répressions religieuses de leurs pays et qui furent en 1606 expulsés sur des bateaux laissés à la dérive sur la Seine.

Le pont neuf, une bibliothèque à ciel ouvert dans la première moitié du XVIIe siècle

De nos jours, lorsqu’on se promène sur les quais, on peut encore flâner un peu dans les kiosques de vieux livres. Il s’agit de légers vestiges d’une activité débordante. Les libraires officiels s’étaient installés sur ces quais. 

A proximité, on trouvait également cette activité aux abords des boutiques du pont neuf.

Des magazines (les gazettes de l’époque) ! Des livres ! En effet, ici aussi, sur le long des parapets, des vastes étalages de livres étaient installés. Une spécialité pour ce commerce du pont neuf : les livres dans de très mauvais état.

 

Cependant cette activité de revente de vieux livres abîmés n’était pas sans provoquer la jalousie des libraires officiels.

En effet, une partie d’entre eux avaient le privilège de tenir leurs boutiques mais disposaient également de leurs étalages sur le quai de l’école (aujourd’hui le quai François Mitterrand) entre la rue de l’Arbre Sec et le pont neuf. Ils dénoncèrent cette activité et obtinrent en 1649 l’interdiction des ventes de livres sur le pont neuf.

1649 ? Mais nous sommes alors au début de la Fronde ! Lorsque des princes puissants se révoltèrent contre le cardinal Mazarin ! Lorsque ce dernier faisait l’objet de nombreux pamphlets qui circulaient dans la capitale.

Ainsi, le pouvoir profita des demandes des libraires officiels pour faire cesser la vente de vieux livres usagés et qui permettaient aussi de diffuser ces pamphlets et autres gazettes politiques.

 

 

Les vendeurs d’encre de grande vertu

On trouvait également au XVIIe siècle des vendeurs d’encre sur le pont neuf.

Ils s’étaient installés sur des boutiques mobiles sur les trottoirs. Parmi celles-ci, on peut citer une qui affichait un grand U en majuscule verte dans son enseigne :

  • un U pour renvoyer au nom du magasin : à la grande vertu
  • en vert pour indiquer que les encres étaient de couleur.

D’autres le copièrent, mais avec leurs propres variantes : en reprenant un U plus petit, un autre la changeant pour la petite vertu.

 

Fagnani, un célèbre boutiquier du pont neuf et sa fameuse tombola.

D’origine italienne, Fagnani s’était installé dans une boutique au niveau de la pompe de la Samaritaine, à proximité du quai de la mégisserie en 1690. Il y vendait des gravures, mais aussi plein de petits objets.

Toutefois, la fin du XVIIe siècle était très difficile économiquement. Aussi, pour vendre davantage d’objets en 1697, il organisa une loterie : il vendit des billets à un écu, promettant que chacun disposerait d’un lot

Rapidement, il vendit tous ses billets : tout le monde fut gagnant, mais trois quarts des joueurs obtinrent des objets sans valeur.

 

 

Près de la statue d’Henri IV, les bouquetières du pont neuf et les marchands d’ agrumes

Au fil du temps, les bouquetières du pont neuf étaient devenues des personnages importants de la ville : installée près de la statue de Henri IV, elles vendaient des bouquets de fleurs qu’elles confectionnaient elle même. On peut se souvenir parmi elle, d’une certaine madame Billette qui portait fièrement le titre de bouquetière du roi.

Dés qu’un personnage important venait à Paris, les bouquetières venaient lui rendre visite pour lui proposer leurs bouquets.

Il était également de coutume que le roi vint sur le pont neuf le jour de la Saint Jean de l’été, pour mettre le feu au bûcher traditionnel monté par les bouquetières à proximité de la statue. Toutefois, ces visites royales devinrent beaucoup moins régulièrement après l’installation de la Cour à Versailles.

 

A côté des bouquetières du pont neuf, les parisiens venaient acheter des oranges et des citrons, produits très chers aux XVIIe et XVIIIe siècle et qui étaient importés d’Italie et du Portugal. Il faut se souvenir que l’orange était un des principaux cadeaux de début d’année que se donnaient entre eux les petits bourgeois.

En 1779, lors de la visite de Louis XVI et de Marie Antoinette, des agrumes furent donnés en cadeau par ces marchands, accompagnés de ces mots :

“Sire, c’est un grand bonheur pour les marchandes d’oranges du pont neuf de se rencontrer sous les pieds de Votre Majesté. C’est à l’ombre sacrée de la statue d’un illustre Bourbon qu’elles trouvent leur subsistance. Les regards paternels de Votre Majesté leur donnent l’espoir qu’elles ne seront jamais privées de ces précieux avantages. Les voeux qu’elles offrent au ciel pour la conservation et la félicité de Vos Majestés sont les plus ardents que puissent sentir les cœurs français.”

 

 

Au milieu du XIXe siècle, on décida de réaménager le pont neuf. Les boutiques furent supprimés et on plaça autour des demi-lunes des piliers des lampadaires dessinés par Soufflot, afin de dégager la vue sur la Seine, mais aussi le pont dont on voulait éloigner la trop forte affluence populaire…

 

Sources bibliographiques :

 

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