Nuit de garde dans la gare de Lyon cernée par la crue de 1910

Nuit de garde dans la gare de Lyon cernée par la crue de 1910 : l’enfer du froid, de la glace et de l’eau…

La veille du pic de la crue de 1910, tout le quartier de la gare de Lyon est sous les eaux. Inondées les rues allant vers la Bastille ! Inondés les entrepôts et les magasins de Bercy !

Tout n’est qu’onde !

Les habitants ont fuit. Mais l’armée veille. Il faut éviter à tout prix les pillards qui pourraient profiter de l’aubaine. Récit du Petit Parisien du 28 janvier 1910 !

« Un désert d’eau dans les ténèbres »

Tout d’abord, le journal revient sur la situation dans ce quartier de Paris, au soir du 27 janvier 1910 !

« La situation devient de plus en plus grave dans les quartiers des Quinze vingt et de Bercy. Jamais coup d’œil ne fut plus impressionnant, ni plus lugubre que présentaient hier soir, à onze heures du soir, les abords de la gare de Lyon.

Pour parvenir à la gare, il faut faire un immense détour par la rue de Roquette, où des voitures doivent franchir une mare bourbeuse, large et longue – peu profonde heureusement.

Mais quand on arrive au boulevard Diderot, on se heure à l’inconnu, à l’obscurité, à l’horreur… Les becs de gaz sont éteints. L’électricité n’illumine plus que de son flamboiement bleuâtre les verreries de la gare. »

Tableau d’un quartier surveillé par l’armée

« Deux compagnies des 46e et 89e régiments de ligne occupent la gare de Lyon, pour s’opposer à toute tentative de malveillance.

Et l’eau monte toujours… Centimètre par centimètre, les vaguelettes poussent de l’avant, submergeant les trottoirs, inondant les caves… Brasseries, cafés, hôtels sont déserts… Pas une étoile n’étoile la nuit tragique des façades.

Il gèle… Les planches humides des ponceaux, des passerelles de fortune établis de place en place se couvrent d’un verglas horriblement glissant, sur lesquels trébuchent les sauveteurs…

Et la foule est toujours là, immobile, muette, transie. On parle à voix basse. On se sent sous le coup d’une menace perpétuelle. La gaie résignation des premiers jours fait place à une épouvante secrète ».

« En barque dans la rue »

« Une barque nous transporte jusqu’aux environs de la gare de Bercy… Ah ! La sinistre vision que celle de ce désert d’eau.

A grands coups de rames, le batelier qui nous conduit fait avancer sa barque, à la lueur d’un falot jaune et rouge, seule lumière dans toute cette nuit glacée d’hiver…

La place où fut la gare du métropolitain est marquée par un tourbillon d’eau boueuse, violent, terrible, qui rejette notre embarcation dans la rue de Bercy.

La rue de Chambertin n’est plus qu’une vaste lagune, l’entrepôt des vins, une plaine d’eau, la rue de Bercy, un canal sinistre, où l’eau roule des détritus ignobles.

Une barque passe. Un soldat, à l’avant, tient une lampe à acétylène. Quatre de ses camarades sont assis, l’arme entre les jambes, sur un banc. Un caporal est à l’arrière avec un agent. C’est la relève du poste du boulevard de Bercy. Nous les croisons et continuons en pleine nuit notre route. Voici le courant de la rue Traversière, la nappe agitée du boulevard Diderot. Là encore, on a évacué des maisons, des boutiques. Tout est noir, tout est morne et l’on entend plus que le bruissement monotone de l’eau.

Nous revenons à la gare de Lyon, où un nouvel affaissement s’est produit devant le buffet : le trottoir s’est enfoncé de cinquante centimètres d’un seul coup, et, par les crevasses du bitume, on voit sourdre l’eau noirâtre.

Là, nous apprenons que des rodeurs, rue Proudhon, ont été salués de quelques coups de feu… et que l’un deux est même tombé à l’eau et n’a pas pu être repêché…Est-ce vrai ? Il n’est guère possible de vérifier ce fait.

Eprouvantes conditions pour les soldats

« Mais le verglas devient de plus en plus glissant… Des soldats sont tombés dans les eaux, mais ont été relevés à temps. M. Marchand, officier de la paix du douzième arrondissement a pris, à deux reprises, un bain forcé… Les soldats, à leur poste, sont transis : deux d’entre eux, tout à l’heure, se sont trouvés mal de froid et de fatigue… Aucun ne se plaint.

Pour eux, la compagnie du P-L.M a fait chauffer un train en gare. On a bourré les compartiments de paille. Et c’est dans ce train que nos braves troupiers ont passé la nuit, guère à l’aise, mais tout du moins à l’abri du froid. »

Sources bibliographiques :

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