Le récit de la Cour des miracles d’Henri Sauval

Le récit de la Cour des miracles d’Henri Sauval, décrivant des communautés avec leur corporation et royaume.

 

Dans son Histoire et Antiquités de la Ville de Paris, Henri Sauval, historien du XVIIe siècle revient sur la cour des miracles à Paris.

 

Les premières cours des miracles

Pour Henri Sauval, les cours des miracles étaient aussi anciennes que les « gueux » et les « mauvais pauvres ». Il fait directement le lien entre le nom de truands avec les gueux. Ainsi, il établit qu’une première cour des miracles aurait été établie dans la rue du même nom.

Il poursuit sa description en évoquant une seconde cour des miracles qui auraient existé vers 1350 dans la rue des Francs Bourgeois. Il indique d’ailleurs que dans cette rue était installée une grande maison de 24 chambres. Elle aurait pris suivant les décennies les noms suivants : « petites maisons du temple », « maison des aumônes »…

Ces maisons firent données au grand prieur de France, qui dirigeait le Temple en 1415. Ce dernier « eut la charge d’y loger quarante huit pauvres ». Ce serait d’ailleurs pour cette raison que la rue aurait pris ce nom. Cependant leur proximité n’aurait pas été simple pour le voisinage, fatigué par leur bruit mais aussi leur chapardage.

Au début du XVIe siècle, ils auraient été déménagés dans la Cour Sainte Catherine, mais aussi près de la Jussienne, ainsi que dans les rues Saint Honoré.

 

La grande cour des miracles

Henri Sauval la décrit dans ces termes : « elle consiste en une place d’une grandeur très considérable et un très grand cul de sac puant, boueux, irrégulier, qui n’est point pavé. ».

La cour des miracles était située « dans l’un des quartiers des plus mal bâtis, des plus sales et des plus reculés de la ville, entre la rue Montorgueil, le Couvent des Filles Dieu, et la rue neuve Saint Sauveur. »

Pour donner du poids à son récit, Henri Sauval indique qu’il s’y serait rendu. Pour cela, il aurait du « descendre une allée longue pente de terre, tortue, raboteuse, inégale », après des « petites rues, vilaines, puantes, détournées. »

 

Les habitants de la cour des miracles

Pour décrire les personnes vivant dans la cour des miracles, Sauval commence par cette phrase : « On ne savait en ce lieu ce que c’était que de payer boues, lanternes, loyers et autres taxes et impositions civiles. » Il continua en indiquant que jamais les policiers n’y venaient.

Selon lui, ces habitants dérobaient chaque jour ce dont ils avaient besoin. « C’était une loi fondamentale de la cour des miracles de ne rien garder pour le lendemain. »

Ensuite, les habitants y vivait « sans foi ni loi », sans connaître les sacrements « ni baptême, ni mariage… »

La prostitution était partout. « Des filles et des femmes les moins laides se prostituaient pour deux liards, les autres pour un double, la plupart pour rien ». L’objectif était d’avoir des enfants pour pouvoir « exciter la compassion et arracher les aumônes. »

 

Les deux communautés de la cour de miracles

Dans la cour des miracles, deux communautés se cotoyaient. Parmi les premières, les coupeurs de bourses vivaient selon le mode corporatif, avec des maîtres et des apprentis.

La seconde correspondait aux argotiers. Ceux-ci vivaient sous la souveraineté d’un roi, le grand Coësre. Ils avaient leur propre langage issu du jargon des premiers merciers des foires de Niort, Fontenay et des villes du Poitou.

 

La légitimation de ce récit

Henri Sauval met en scène des communautés et des représentations que pouvaient avoir certains parisiens sur la pauvreté qui les entouraient.

La ville était bien sûr dangereuse alors et on se promenait pas dans les rues facilement. A chaque fois qu’il décrit une communauté de voleurs ou de mendiants, il évoque un de ses amis, qui les aurait démasqué. Ces amis ne sont jamais nommés, mais ont toujours des rôles éminents dans la société du XVIIe siècle.

 

Un récit s’inscrivant dans une tradition

En 1974, l’historien Roger Chartier publie un article sur la représentation des élites et des gueux aux XVIe et XVIIe siècle. Il insiste sur la tentation forte au cours de ces temps d’évoquer une communauté de faux mendiants, organisée en royaume et s’exonérant des impôts.

Cette tradition provenait du Jargon de l’Argot, ouvrage populaire à partir de 1630 évoquant ce royaume à part et qui disposait de sa propre langue.

Cette croyance s’appuyait aussi sur une image née au XVe siècle de l’enlèvement et de rapt d’enfants par un groupe de malfaisant, disposant à sa tête d’un roi.

 

Sources bibliographiques

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