Souvenirs d’un otage de la Commune par Ferdinand Evrard

Souvenirs d’un otage de la Commune par Ferdinand Evrard : récit d’un soldat prisonnier à la Roquette en 1871.

 

La fin de la guerre de 1870 et les événements qui les ont suivis, allant du siège de la capitale à la Commune reste une période particulièrement sanglante et vive dans l’histoire de Paris.

Avec le regard croisé du blog de Paris Libris, nous revenons sur une petite partie de cet épisode. Pour ce faire, regardons au travers de mémoires, de souvenirs laissés par différentes parties prenantes à l’époque.

Pour cela, nous proposons de focaliser notre attention sur les Souvenirs d’un otage de la Commune par Ferdinand Evard. Frappant de lire son sous-titre : Notes d’un sergent major réfractaire du 10e bataillon !

Ferdinand Evrard était un parisien qui s’était retrouvé mobilisé dans l’armée française, obéissant aux ordres du gouvernement installé à Versailles. Le 3 avril 1871, il fut fait prisonnier par les communards et se retrouva par la suite dans plusieurs prisons. Il était à la Roquette lorsque l’archevêque de Paris, mgr Darboy fut fusillé. Il eut la vie sauve en réussissant à s’échapper de la prison par la suite.

 

Qui était Ferdinand Evrard ? Un soldat faisant face à deux fronts, mais résolument engagé personnellement dans chacun d’entre eux.

Comment classez cet ouvrage ? C’est d’ailleurs une question à laquelle Ferdinand Evrard tente de répondre dès son avant-propos.

« Les lignes que l’on va lire ne sont pas d’un écrivain. Je ne suis qu’un bourgeois de Paris. Comme compatriotes, je tacherai de faire mon devoir dans la dernière guerre ».

Le ton est donné ! Ce n’est pas une œuvre de littérature. Ferdinand Evrard souhaite conduire uniquement son devoir : défendre la patrie face à l’ennemi.

 

« Nous étions entre deux feux, nous avons devant nous les Prussiens et derrière nous la Commune. Tout le monde marchait de bon cœur, et durant cinq mois et demi, on tient en échec les uns et les autres ».

Ainsi, notre auteur était d’abord un soldat faisant face à plusieurs natures d’ennemis pour son régiment. Des ennemis à l’extérieur : les prussiens. Les ennemis de l’intérieur : les communards.

 

« Pour mon compte, le hasard voulut que j’eusse à me mettre en avant lorsqu’il fallut délivrer, le 31 octobre, l’Hôtel de Ville dont je connaissais comme employé tous les détours. L’honneur aussi voulut que je fusse nettement réfractaire en face de la Commune réfractaire. Je crois même que j’allais faire davantage, à notre brave commandant, M. Ibos, une partie de ce 106e bataillon, qui était plein d’honnêtes gens »

Ici encore le choix des mots est clef. Ferdinand Evrard est un employé. Opposé politiquement à la Commune, il servait le gouvernement installé alors à Versailles. Autour de lui, une foule d’honnête gens.

 

Mémoire ? Souvenir ? Témoignage ?

« On me saisit le 3 avril : j’eus la gloire inattendue d’être un otage à côté de Mgr Darboy, du président Bonjean, de M. Chevriaux, du P. Clerc, du P. Ducoudray, du savant missionnaire, le P. Perny… autant d’hommes supérieurs. Je devais partager leur sort malgré mon obscurité. »

Voici la raison de sa prise de plume : il avait été otage. Otage malgré lui, avec à ses côtés, des grands noms qui l’impressionnent.

 

« Voici qu’on m’invite à écrire mes souvenirs, malgré mon inexpérience.

Voila, en quelques mots, l’explication que je devais au public, afin qu’il apprit par moi-même, ce dont il se serait aperçu, à savoir que mes notes sont aussi improvisées qu’elles sont véridiques »

Aussi, il expose son motif, comme on pouvait le déduire à partir du titre : ce sont des souvenirs. C’est sous ce terme qu’il les présente « au public ». Ce n’est pas un professionnel puisque les notes sont improvisées. Mais elles sont « véridiques ». Il présente sa vérité.

 

Après avoir réalisé son avant propos destiné au lecteur, il s’adresse ensuite à un des amis qu’il désigne par ses initiales : Em CH.

« Vous voulez que je vous raconte comment j’ai traversé le siège de Paris et de la Commune. Vous savez une partie de mon histoire, puisque vous étiez avec moi du 106e et que vous avez connu les nuits d’hiver au bastion ; et là, s’il était dur de coucher sur la terre glacée, sans paille et sans abri, je me souviens qu’il vous semblait plus dur encore de voir autour de vous les haines sociales gronder et les appétits envieux préparés la Commune».

Il s’agit de répondre à une invitation d’un de ses compagnons, très touchée par le contexte politique. Ferdinand Evrard évoque ensuite des soldats, comme M. Sicard, « marchand de crinolines, rue du Bac » chercher à diviser les soldats pour qu’ils délaissent les communards et se focalisent sur les prussiens, malgré comme on le devine les ordres.

On comprend également dans le récit que Ferdinand Evrard échappa de peu à la mort. Il put s’échapper de justesse, profitant de se trouver à proximité de l’archevêque de Paris.

En effet, Ferdinand Evrard se trouvait dans la prison où l’archevêque de Paris, mgr Darboy fut fusillé le 24 mai 1871. Un véritable témoin au cœur des évènements de la Commune !

 

Un récit chronologique allant de son arrestation à son évasion, tout en évoquant les grandes exécutions qui se déroulèrent dans sa prison

Ces souvenirs se détaillent à la manière d’un récit factuel reprenant les grands moments de son épopée. Ils démarrent ainsi : « L’arrestation (3 avril 1871) », se poursuivant avec « La Préfecture de police », « Mazas (14 avril – 22 mai »), « La Roquette (22 mai – 27 mai) », « L’arrivée à la Roquette – Nos compagnons », « Le 23 mai »,  « Le soir du 24 mai – l’exécution », « Le 25 mai – le Directeur François », « le vendredi 26 – La mort de M. Jecker », « La nuit du 26 mai – petits profils du directeur », « Le 27 mai – l’évasion »

 

Dans ses souvenirs, Ferdinand Evrard réalise un récit précis de ce qu’il a vécu, mettant en avant les faits tels qu’il les avaient vus, tout en donnant quelques impressions. Il y détaille ses rencontres, ses discussions… tout comme les évènements extérieurs qu’il percevait (en particulier les bombardements).

Il y raconte également les exécutions, comme celle de l’archevêque de Paris dont il vit le départ de cellule pour être conduit devant le peloton d’exécution.

 

Sources bibliographiques :

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