Les menuisiers

Les menuisiers, ou la volonté permanente du contrôle des maîtres et des jurés pour assurer leurs richesses…

 

Les huchers, les ancêtres des menuisiers

Ne cherchez pas les menuisiers dans le Livre des Métiers d’Etienne Boileau ! Cette profession portait le nom de hucher et était incluse parmi les charpentiers. 

Selon la Taille de Paris de 1290, la ville comptait 25 maîtres huchers. A cette date, des premiers statuts leur fut donnés : 

  • interdiction de travail la nuit, 
  • un seul apprenti par atelier, 
  • de se livrer concurrence entre maîtres pour s’attacher les services d’un ouvrier
  • de travailler pour plusieurs maîtres.
  • 6 jurés
  • réalisation des cercueils réservée uniquement au maître. 

 

La réforme de la communauté pour donner plus de pouvoir aux maîtres en place

En 1371, de nouveaux statuts sont donnés et font l’objet de réclamation de la part des ouvriers. En effet, une partie d’entre eux, tout en acceptant les 6 années d’apprentissage, réclamait la possibilité de s’établir librement maître ensuite, sans avoir à présenter un chef d’oeuvre et être accepté par le reste de la communauté. En effet, ils souhaitaient que continuent à s’appliquer des principes qui se pratiquaient du temps d’Etienne Boileau. Mais la volonté de contrôle de la corporation était trop forte et les plaignants n’obtinrent pas gain de cause. Le Parlement de Paris confirma les statuts en 1382.

Ces statuts obligent à 6 ans d’apprentissage, tout en dispensant les fils de maître, requièrent 12 livres pour l’obtention de la maîtrise. Le nombre de juré diminua à 4.

Selon leur réglementation, les huchers fabriquaient un nombre important d’objets : châssis à portes et à fenêtres, porches, portes et fenêtres, tables, bancs et dressoirs, coffres, trappes, huches, cages treillagées pour fenêtres, lambris, chambres et armoires, comptoirs, tréteaux, bancs de taverne. 

Comme on peut se douter, les textes s’attardaient sur la qualité du bois utilisé : chêne, hêtre, noyer…

Comme pour tous les charpentiers, la confrérie était dédiée à Sainte Anne. 

 

Louis XI et l’enrichissement d’une communauté

En 1467, les huchers formèrent à eux seuls une bannière pour défendre Paris. A cette date, Louis XI leur donna de nouveaux statuts. En effet, le roi souhaite réduire les amendes de moitié. 

C’est vers la fin du XVe siècle que la communauté change progressivement de nom : des huchers, en lien avec les huches, petits coffres qu’ils réalisaient, ils deviennent les menuisiers. Menuisiers, car il s’agissait d’ouvriers du bois qui travaillaient avec beaucoup de délicatesse, par opposition aux charpentiers grossiers.

En 1486, les jurés obtiennent la possibilité d’élargir leurs contrôles. En effet, ils soupçonnaient beaucoup de travail clandestin et furent autorisés à entrer dans toutes maisons où ils suspectaient un travail de menuiserie. Toutefois, ils ne purent empêcher que des bourgeois parisiens emploient d’eux même des ouvriers menuisiers. Ainsi, les fripiers se virent condamner en 1542  et en 1544 lorsqu’ils cherchèrent à vendre des objets de menuiserie neuve. 

 

La réforme de 1580 pour marquer l’âge d’or de la menuiserie à la Renaissance

A la fin du XVIe siècle, les autorités de la ville donnèrent de nouveaux statuts. 62 articles pour ce nouveau texte de 1580. Il s’agit alors de fixer les modalités de menuiserie, notamment des églises, en cette période faste pour cette activité : stalles, pupitres, balustrades, tables d’autel, chaires, jubés, bancs d’oeuvre, marqueterie… Bien sûr furent mentionnés également les ouvrages pour le commerce (fermetures de boutique, vitrines…), pour la maison (meubles, manteaux de cheminée…), pour les armes (arquebuses, mousquets…), pour le transport (voitures, coches…). 

Bien sûr un tel métier prestigieux avait son coût : 1 écu pour le roi, 0,5 écus pour les jurés (qui étaient 4), 6 écus au métier, 1 écu pour la confrérie… lors de la réception à la maîtrise.

 A cette date, on distingua deux catégories : les menuisiers d’assemblage, travaillant le bois plein et ceux de pièces de rapport et de placage.

 

Louis XIV et la tentation d’acheter ses privilèges

En 1637, les tapissiers furent autorisés à vendre des lits mais aussi des meubles. Aussi, les maîtres menuisiers durent déposer leur marque au Châtelet pour pouvoir revendiquer leur travail.

La communauté donna 2 000 livres pour l’avènement de Louis XIV, en demandant de nouveaux textes de statuts. Ces derniers furent publiés en 1645. Les conditions d’accession à la maîtrise se durcirent : obligation d’être français. Ensuite, 6 jurés furent désignés pour réaliser des contrôles plus poussés. Enfin, la corporation fut autorisée à réaliser des sculptures en bois, partie du monopôle des imagiers.

Toutefois, l’augmentation du nombre de jurés ne fut pas du goût des menuisiers. En effet, elle s’accompagne d’une hausse des charges de visites, de chef d’oeuvre, sans amélioration de la situation. Aussi, ils demandèrent en 1655 à revenir à 4 jurés.

Depuis 1673, la confrérie dédiée à Sainte Anne était installée au Saint Sépulcre. Elle venait de déménager alors des Billettes. 

 

Les unions des offices des jurés coûtèrent très chères aux menuisiers en 1691 : 42 000 livres. En 1704, l’union des offices des trésoriers payeurs leur coûta 38 500 livres. Enfin, ils durent s’acquitter de 60 000 livres en 1745 pour l’union des offices des inspecteurs des jurés.

 

En 1745, on donna les derniers statuts à cette communauté. On lui rajouta le nom d’ébéniste, après celui de menuisier. De nouveau, on augmenta le nombre de jurés à 6, sous le contrôle d’un principal. Il faut dire que Paris comptait alors 95 maîtres.

 

 

Sources bibliographiques :

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