Les officiers de la Couronne, justiciers sur les métiers

Les officiers de la Couronne, justiciers sur les métiers : spécialistes en lutte perpétuelle avec le prévôt…

 

Lors de l’installation du système féodal lors de l’installation des capétiens, les régions furent placées sous l’autorité de seigneurs locaux. Ils récupérèrent les fonctions de justice sur leurs territoires. De ce fait, les officiers du Palais perdirent leurs fonctions. Ainsi, le maire du Palais fut supprimé. Mais ce ne fut pas le tout cas de tous les offices.

En effet, parmi les officiers de la Couronne, on distingua plusieurs chargés de contrôler les maîtrises des arts et des métiers.

En relisant le Traité de police de Nicolas Delamare, nous revenons sur ces offices bien étranges…

 

Un ensemble de grands !

Les grands d’Espagne ? Presque ! Plutôt des grands du palais. On trouvait en effet le grand chambrier, le grand panetier, le grand bouteiller, le grand maréchal, le grand échanson… Que des grands !

Le grand chambrier avait autorité sur les drapiers, les merciers, les pelletiers, les tailleurs d’habits, les fripiers, les tapissiers… Bref, tous les marchands et artisans des meubles et des habits.

Ensuite, le grand panetier contrôlait les boulangers, tandis que le grand échanson les marchands de vin, le grand bouteiller, les cabaretiers…

 

Des officiers à qui on devait trouver un rôle

Aussitôt que leurs offices furent créés, ils cherchèrent à installer leur autorité. Toutefois, il y avait un hic. En effet, le prévôt de Paris avait la gestion de la police à Paris, intégrant le contrôle des commerces et des arts.

Aussi, pour trouver un équilibre entre toutes ces justices, plusieurs lettres patentes royales furent rendues, tout comme des arrêts du Parlement.

 

Dans le livre des métiers d’Etienne Boileau, on trouve des traces de cette étrange situation. En effet, il est indiqué dans les statuts de boulangers, que c’est au grand panetier de recevoir les nouveaux maîtres. En outre, il devait nommer un maître des boulanger pour visiter, accompagné des jurés et d’un sergent du Châtelet.

De cette manière, en lien avec les équipes du prévôt, le grand panetier pouvait intervenir dans la vérification de la qualité des pains et la bonne tenue des boulangeries.

Cette situation se retrouvait également pour les merciers, les pelletiers et les fripiers vis-à-vis du grand chambrier.

 

Une lutte d’influence entre les officiers de la Couronne, justiciers des métiers et le prévôt

En 1281, le Parlement de Paris rendit un arrêt indiquant que l’élection des jurés des boulangers devait se faire devant lui. En outre, on confirma le niveau des amendes qu’il pouvait donner : 6 deniers pour les maîtres et 3 pour les compagnons. L’arrêt indique également que les boulangers restent par ailleurs des justiciables du prévôt de Paris.

De même, le 1287, le Parlement reposa les droits pour le grand chambrier. Ainsi, l’amende pouvait être donnée aux maîtres cordonniers ne pouvait dépasser les 6 sous.

Cette situation n’évitait pas les troubles. Ainsi, en 1316, des parisiens se plaignirent du désordre dans le commerce du pain. La requête qui fut présentée au Parlement indiqua que le prévôt avait tenté de s’occuper de cette situation. Toutefois, il fut contrarié par le grand panetier. Aussi, il devenait nécessaire de s’adresser à un niveau supérieur : le Parlement. Ce dernier conforta le prévôt dans sa tache.

Cette situation se répéta un peu plus tard. Ce fut alors le prévôt des marchands qui alla se plaindre de la situation et de l’obstruction réalisée par le grand panetier.

 

A Paris, c’était le grand Bouteiller qui avait la charge des cabaretiers. Il se plaignit en 1311 devant Philippe le Bel que sa juridiction n’était pas suffisamment obéit. Le roi transmit alors une lettre au prévôt lui demandant d’installer une enquête. On rappela alors que la moitié de lies de tous les vins vendus en broche à Paris dépendait du grand bouteiller. Ensuite, il était chargé de la justice sur cette profession. Enfin, on l’autorisa à distribuer des amendes, même si certains cabaretiers ne reconnaissaient pas son autorité.

 

Mais une influence qui finit par décliner petit à petit

Progressivement le prévôt de Paris prend le pas sur les officiers de la Couronne. Ainsi, en 1372, Charles V décida que les métiers, vivres et marchandises ne seraient plus visitées que par le prévôt. Le roi souhaitait ainsi simplifier et unifier la police intervenant sur les métiers.

Toutefois, cette situation rencontra rapidement des accrocs. En effet, en 1384, Charles VI déclara que le grand Maréchal avait l’autorité sur les maîtres maréchaux et ainsi que les autres forgerons sur fer. De son côté, le grand chambrier reprit ses contrôles sur ses métiers. Il fallut attendre 1396 pour qu’il soit débouté.

En 1413, on confirma au grand panetier le droit de recevoir les maîtres boulangers, leur donner des jurés et les visiter. Mais en 1416, le gouvernement fit machine arrière, redonnant la gestion au prévôt.

Ce jeu de pouvoir se poursuivit pendant tout le XVe siècle, ainsi que la première moitié du XVIe siècle. A cette date, la situation alla plus loin. En effet en 1545, François 1er supprima l’office de grand chambrier. Elle fut toutefois rétablie par Charles IX en 1561. Toutefois, l’office de grand chambrier évolua en grand chambellan, sans retrouver son pouvoir d’antan.

Enfin, ces offices perdirent totalement leur autorité sous le règne de Louis XIV, avec les arrêts rendus en 1682 et 1684.

 

Sources bibliographiques :

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