Les métiers au XIIIe siècle

 

Histoires des métiers de Paris au XIIIe siècle, ou la formalisation des corporations au sein d’un registre de règlements.

 

Une corporation organisée et hiérarchisée

 

Les métiers étaient organisés en corporation, reposant sur une hiérarchie à trois niveaux, auxquels des droits et des devoirs étaient assignés :

Les apprentis, ceux qui s’instruisent,

Au cours de son apprentissage, l’étudiant apprend tout ce qui lui est nécessaire et est pendant cette période tenu à l’obéissance totale à son maître. Ce dernier lui doit un véritable patronage moral et professionnel. A ce titre, il est contrôlé par la corporation.

Les apprentis pouvaient commencer leurs études vers 12 ans.

Le statut de chacun des métiers réglemente le nombre d’apprentis qu’un maître peut prendre, tout comme la durée de l’apprentissage.

Le contrat d’apprentissage était rédigé entre le père de l’apprenti et le maître, soit par un acte sous seing privé, soit devant notaire. Il était ensuite adressé aux prud’hommes jurés (et suivant les métiers, une redevance était versée).

L’apprenti vivait chez son maître chez qui il ne pouvait sortir sans sa permission. Son emploi du temps était déterminé par son maître et il pouvait être puni par son maître en cas de mauvaise conduite. En contrepartie, son maître devait le nourrir, le loger, l’habiller. En cas de fuite de l’apprenti, le contrat pouvait être rompu à la suite d’une certaine durée.

 

Les valets, ceux qui servent,

Le valet est un stade intermédiaire entre l’apprenti et le maître. Il choisit librement son maître et peut s’il le souhaite à l’issue des conditions de son contrat en changer. Il intervient également dans la vie de la corporation.

En effet, à la sortie de son apprentissage, un artisan ne disposait pas des moyens lui permettait d’acheter son atelier. Aussi, il commençait à travailler auprès d’autres maîtres. Une fois le contrat conclu, un valet ne pouvait en conclure un nouveau.

En revanche, la moralité du valet devait être irréprochable pour pouvoir être embauchée. Aussi, le valet devait juré sur les saints qu’il fera bien et loyalement son ouvrage.

La réglementation ne définissait pas de limite au nombre de valets.

 

Les maîtres, ceux qui commandent.

Le maître travaille pour lui-même, soit en ayant hérité de son père ou en ayant pu acheter son propre atelier. Il s’acquitte bien évidemment des droits prévus par la corporation auprès du seigneur auquel le métier est confié.

Pour obtenir sa maîtrise, il était nécessaire de prouver que son apprentissage avait été mené à terme. Le chef d’œuvre à l’époque n’était pas nécessaire mais le futur maître devait passer un examen devant les gardes du métier.

A l’époque, il n’était pas possible de constituer des sociétés entre maîtres.

Les maîtres devaient s’acquitter du guet, milice bourgeoise chargée à la sécurité publique en temps de paix et à la défense de la ville en temps de guerre.

 

La gestion de la corporation

 

La corporation est contrôlée par une autorité élue par ses membres : les prud’hommes jurés.  Ces derniers sont élus parmi les maîtres, sous réserve que l’élection soit validée par le prévôt. Plusieurs charges : préparer le budget de la communauté, la gère, contrôle de la qualité de la production, dressent les procès-verbaux pour malfaçon, effectuent des contrôles dans les ateliers, s’assurent du traitement des apprentis par leurs maîtres, organisaient les examens des candidats à la maîtrise.

Les prud’hommes sont eux-mêmes contrôlés par le prévôt de Paris. Devant lui, les jurés prêtaient serment.

Plusieurs catégories parmi les prud’hommes :

    • Les maîtres des métiers, qui disposaient de la plus haute autorité
    • Les gardes et jurés, magistrats qui exerçaient les responsabilités de la corporation.

 

Les corporations se regroupaient en assemblée périodiquement, au Châtelet ou dans l’église siège de la confrérie associée. Ces assemblées élisaient les jurés qui rendaient compte ensuite devant elle. Dans certains cas, les jurés convoquaient des réunions extraordinaires pour obtenir l’agrément de leurs pairs (engagement d’un procès, vente d’un bien de la corporation).

La corporation disposait de tous les droits civils, avait son propre budget, son patrimoine.

 

Les métiers présents dans Paris au XIIIe siècle

Les marchands de l’eau :

Cette corporation semblait être une des plus anciennes de Paris. Fonctionnement particulier, d’origine romaine mais répondant aux règles de guildes marchandes du Nord (dont elle tire le nom : la Hanse). Ces membres étaient listés dans le registre de la Taille sans indication de profession. Toutefois, il s’agissait de riches bourgeois dont les revenus provenaient de nombreux privilèges.

La compagnie des marchands de l’eau était le berceau des institutions municipales de la ville de Paris. La Hanse était en effet, le corps électoral qui élisait le prévôt des marchands et les échevins. Aussi, ils disposaient le droit de taxer le prix des denrées dans la juridiction de la Seine et sur toutes les marchandises apportées via l’eau.

L’alimentation :

Le pain

La viande

Le poisson

  • Les blatiers importaient le grain à Paris
  • Les meuniers, transformaient le grain en farine
  • Les boulangers (talemeliers) faisaient cuir la farine
  • Les poulaillers pour la volaille
  • Les bouchers pour la viande et le mouton
  • Les rôtisseurs vendant de la viande de boucherie, du boudin chaud et de la charcuterie cuite

Les regrattiers vendaient les marchandises : les uns vendaient du sel, du pain, du poisson de mer, les épices et autres denrées comestibles ; les autres vendaient les fruits et légumes, les œufs et le fromage. On comptait aussi dans Paris, les huiliers (fabricants et marchands d’huiles d’olive, d’amandes, de noix, de chenevis et de pavot), les oubliers (vendeurs de pâtisseries sèches et de nieules), les taverniers (marchands de vin).

 

La construction:

Les charpentiers, relevant de Maître Fouque, charpentier du roi, étaient organisés en plusieurs branches : les charpentiers, les huissiers qui faisaient les portes, les cochetiers chargés de la production des navires.

On comptait aussi les maçons, les tailleurs de pierre, les morteliers, les plâtriers… A l’époque, les travaux n’étaient pas confiés à un architecte mais à un maître qui les conduisaient.

Les métaux :

Métaux ordinaires Métaux précieux
  • Les serruriers  se chargeaient des serrures pour les portes.
  • Les boitiers faisaient des serrures pour les cassettes, les boites et les coffres.
  • Les fèvres maréchaux, vrilliers, greffiers et heaumiers.
  • Les couteliers autour d les fèvres couteliers et les fèvres couteliers faiseurs de manches à couteaux d’or, de bois et d’ivoire.
  • Les boucliers de fer, les boucliers d’archal, de cuivre de laiton, les faiseurs de clous pour attacher les boucles et mordants
  • Les batteurs d’archal battaient le cuivre jaune et le réduisaient en petites feuilles.
  • Les trefiliers de fer et les tréfiliers d’archal ou fabricant de fil de fer.
  • Les épingliers, les boutonniers et déiciers d’archal et de cuivre.
  • Les batteurs d’étain, les potiers d’étain, les ouvriers de toutes œuvres d’étain et de plomb.
  • Les frémailliers de laiton ou faiseurs d’anneaux et de fermoirs en laiton pour les livres.
  • Les forcetiers fabriquaient des instruments tranchants,  faux et ciseaux
  •  Les orfèvres frappaient sur une enclume de fer avec de légers marteaux des platines d’or et d’argent et montaient des pierres précieuses sur des bijoux destinés aux nobles. Leur production était aussi utilisée pour l’ornementation des édifices d’une part et des églises d’autre part. On leur doit les trésors des cathédrales. Ils fabriquaient également la vaisselle d’argent, les plateaux, hanap…
  • Les cristalliers de pierre élaboraient des objets en cristal, pierre fine, et en verre.
  • Les batteurs d’or et d’argent à filer, les batteurs d’or et d’argent en feuille étiraient les métaux pour réduire les premiers en fils d’or ou d’argent, et les seconds en feuilles. L’or était après utilisée pour l’ornementation des églises, les vêtements féminins, l’enluminure de parchemins…

 

 

 

 

 

 

*

 

Industrie textile :

Le lin et le chanvre La laine La soie
  • Les liniers et chanvriers trempaient d’abord leur production dans de l’eau pour la rouir, puis la séchaient et enfin la peignaient.
  • Ensuite, elle était confiée aux mains des filandiers qui la transformaient en fil par étirage et en utilisant un fuseau.
  • Le fil était ensuite transformer par les tisserands de toile.
  • Les chavenaciers se chargeaient de vendre la toile produite.

 

 

  • Les filandiers travaillaient la laine : elle était battue, grainée avec de l’huile pour l’assouplir, peignée pour rendre ses fibres parallèles, puis filée.
  • Les tisserands de drap la transformaient suivant des règles précises : 2 200 pour les draps estanforts, 2 000 pour les camelins et 1 600 pour les draps pleins.
  • Les foulons dégraissaient et aplanissaient la laine filée ;
  • les tondeurs de drap coupaient les poils de la laine ;
  • les teinturiers les coloraient à l’aide de pastel et d’alun.
  • Les fileresses de soie dévidaient la soie, la filaient et la recousaient selon la dimension de leurs fuseaux.
  • Les tisserandes de queuvre chefs de soie utilisaient la soie obtenue ; les laceurs de fil et de soie confectionnaient des rubans et lacets ;
  • les crépiniers produisaient des chapeaux mais aussi des taies d’oreillers.

 

 

 

 

On trouvait également des braliers de fil qui se chargeaient de la production des braies et hauts de chausse. Les cordiers produisaient des cordes avec du fil de chanvre, du tilleul ou de poil (ces cordes étaient utilisées pour les bateaux de la Hanse).

 

Habillement et équipements :

Les robes et manteaux Les chaussures Les chapeaux
  • Les tailleurs de robes faisaient les vêtements ordinaires ;
  • les conréeurs de vair faisaient les robes et manteaux de fourrures ;
  • les boursiers braiers se chargeaient des hauts de chausse et bourses de cuir ;
  • les chaussiers les bas de chausses,
  • les cordonniers, iraient leurs nom du cordouan ou cuir de Cordoue confectionnaient les sandales et grandes bottes de cuir
  • les cavetonniers produisaient près de Sainte Opportune des petits souliers
  • les cavatiers raccommodaient les vieilles chaussures.

 

  • les chapeliers de feutres  produisaient des chapeaux avec de la laine d’agneau,
  • Les fourreurs de chapeaux pour les chapeaux de fourrure,
  • les chapeliers de coton.
  • Les chapeliers de fleurs préparaient des guirlandes de fleurs pour l’été
  • les chapeliers de paon.

 

On trouvait également des fripiers qui vendaient les habits d’occasion, les gantiers produisaient des gants en peau de veau ou de mouton et des merciers.

 

Le travail du cuir et de l’armement :

L’équipement du cheval L’épée et l’arc Les cottes de maille
  • Les bourreliers produisaient les colliers de cheval et dossiers de selles ;
  • les lormiers se chargeaient des rênes, étrivières et courroies ;
  • les chapuisseurs la charpente des selles ;
  • les peintres selliers recouvraient de cuir la charpente de selle, la peignaient et la doraient ;
  • les blasonniers peignaient les armoiries et le blason.
  •  Les fourbisseurs produisaient les épées ;
  • les grainiers de fourreaux faisaient les fourreaux et les garnisseurs de gaines qui se chargeaient de leur garniture.
  • Les archers produisaient arc et flèches.

 

 

 

 

 

  • Les haubergiers produisaient les cottes de mailles ; les armuriers

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cuir était travaillé par les écorcheurs, les baudroiers et les tanneurs,

 

L’ameublement :

Les meubles Les couvertures et les tapis
  • Les coutiers faisaient les lits de plume, les coussins et les oreillers.
  • Les buffetiers faisaient les buffets. Les tables étaient produites par les tabletiers.
  • Les huchers se chargeaient des sièges

 

  • Les courtepointiers produisaient des couvertures de soie ou de laine ;
  • les tapissiers de tapis élaboraient des couvertures plus grossières
  • les faiseurs de nattes tressaient de la paille et du jonc.

 

On trouvait également dans Paris des lampiers, des potiers de terre, des écuilliers tonneliers, des barilliers, des escriniers…

 

Industrie d’art et de piété :

Les imagiers tailleurs ciselaient dans la pierre les statues et crucifix. Les voirriers peignaient les vitraux et rosaces. Les brodeurs produisaient les ornements d’église : chapes, étoles, aubes…). Les patenôtriers en os et corne, en corail, en or et en ivoire pour la production de chapelets.

 

On trouvait également :

  • autour de la mesure : les courtiers, les jaugeurs, les déchargeurs de vin, mesureurs et porteurs de sel, jurés moleurs de buches, courtiers de chevaux,
  • Les libraires jurés (incluant les enlumineurs, scelleurs, parcheminiers) placés sous la juridiction de l’Université de Paris
  • Les changeurs, établis sur le pont qui porte leur nom,
  • Les marchands de foin,
  • Les marchands de charbon, de bois et tuiles,
  • Les bateliers qui permettaient aux gens de traverser la rivière,
  • Les peigniers lanterniers,
  • Les déliciers qui produisaient les dés à jouer et les pièces d’échiquier,
  • Les étuveurs  pour le bain…

Les chirurgiens et les barbiers se chargeaient de la santé des parisiens tandis que les apothicaires leurs vendaient des médicaments.

 

Sources bibliographiques :

  • Martin Saint-Léon, Étienne (1860-1934). Histoire des corporations de métiers depuis leurs origines jusqu’à leur suppression en 1791. Paris 1922.

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